Divergent (2014, Neil Burger) : Dystopie pour les nuls et opportunités ratées

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Je ne sais pas pourquoi je continue de retourner vers le YA, c’est quasiment à chaque fois une déception qui m’attends. Mais c’est devenu un genre tellement proéminent dans notre culture médiatique ces dernières années que je ne peux pas m’empêcher d’être curieuse.

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Bienvenue dans la société Post-Apocalyptique des Gros Débiles ! Êtes-vous un hyperactif suicidaire ? Un bouseux bisounours ? un intello conspirateur ? Même si vous ne vous sentez pas l’âme d’un mauvais cliché, pas de panique, cette nouvelle société vous permet de choisir quel genre de Gros Débile vous voulez être ! Ce film n’est pas un échec sur toute la ligne. Le réalisateur sait ce qu’il fait et les acteurs principaux sont bons dans l’ensemble, mais c’est difficile de passer outre l’écriture faiblarde. Le symbolisme est tellement évident que c’est embarrassant. Mlle Béatrice en a assez de sa famille conservatrice (la classe de l’abnégation, autrement dit la classe religieuse) et veut entrer chez les Cool Kids (les punks) qui grimpent partout, s’habillent en noir et vivent dans une base souterraine plus-cliché-tu-meurs. Et vous l’avez probablement déjà deviné, elle va devenir une guerrière rebelle et la cible du gouvernement totalitaire avant la fin.

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Béatrice est Différente (Special Snowflake Syndrome ?) et correspond à la fois à plusieurs classes. Elle aurait pu être insupportable mais heureusement Shailene Woodley a du talent et se débrouille pour éviter que son personnage soit une Mary-Sue totale. Les personnages secondaires autour d’elle ne sont pas très bien écrits et sont surtout là pour accompagner son développement (ils représentent un soutien, un obstacle, un défi, un dilemme, etc.), autrement dit ils n’ont pas de raisons d’exister en dehors de ça. Il y a une scène où Béatrice doit choisir entre tuer l’un de ses amis ou être tuée par lui, et à cause du développement inexistant de cet ami la scène n’a aucun impact émotionnel. Il y a des exceptions, mais c’est surtout grâce au talent des acteurs que ça ne tombe pas à plat.

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De manière assez évidente, le concept de Divergent est un concept qui doit passer plutôt bien par écrit, mais qui vacille quand on essaie de lui donner vie. Le world-building est long et laborieux, plus de la moitié du film s’écoule avant que l’intrigue principale ne pointe le bout de son nez. J’ai halluciné quand j’ai vu qu’on était arrivé à presque deux heures de film sans que nous ayons avancé d’un pouce. Et ce n’est pas comme si ils utilisaient ces heures pour bien mettre en place cet environnement, on a énormément de mal à comprendre comment un tel modèle de société aussi attardé a pu tenir plus de quelques mois. On passe énormément de temps dans la base des Braves mais les autres factions ne sont pas du tout explorées si bien que cette dystopie n’a pas de sens pour le spectateur. J’aime énormément l’anticipation et j’ai vu pas mal de scénarios où une tendance est exacerbé pour en montrer les dérives (l’hygiénisme, l’eugénisme, la prévention, le transhumanisme, le clonage, etc.) mais celle de Divergent (la stratification en fonction des métiers) a peu de sens et n’ouvre pas des pistes de réflexions très poussées ou controversées (bouh mettre des étiquettes sur les gens c’est mal ! Libérez-vous de vos chaînes ! Ouais…).

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Bref, l’écriture est dans le meilleur des cas caricaturale, dans le pire des cas juvénile. On ne comprend pas à quoi servent les Braves en dehors de frimer et de se battre dans leur base secrète (on nous parle de monstre mais c’est super vague), ils passent leur temps à faire des cascades mortelles sans protections ni harnais mais on ne voit jamais un seul membre handicapé ou mort à cause de ça, il y a une histoire d’amour complètement téléphonée entre l’héroïne et son mentor dont on aurait très bien pu se passer (surtout que l’acteur a deux expressions à tout casser dans son répertoire) et les méchants sont incompétents, du genre à expliquer leurs plans « secrets » aux héros sans raison et à repousser leur élimination histoire de leur donner le temps de riposter. La réalisation est inspirée, mais j’aurais aimé qu’ils essaient de rendre quelque chose de moins « cool » et de plus authentique. Par exemple à la fin ça m’a agacée que l’héroïne soit impeccablement maquillée et brushingée quelles que soient les circonstances, ça m’empêchait de croire à 100% qu’elle était tenue cloitrée dans cette base et soumise à toute cette violence.

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En conclusion, c’est beaucoup beaucoup trop long. Le début et la fin sont bons, entre les deux c’est une longue et pénible répétition de choses qu’on avait comprises rapidement (l’héroïne est spéciale, elle est confrontée a des choix difficiles, quelque chose ne va pas avec les intellos) et qui n’avaient pas besoin d’être martelées encore et encore. Pire ça se termine juste au moment où les choses deviennent vraiment intéressantes, et quand votre film est un film à licence avec une suite prévue vous avez intérêt à ce que ce ne soit pas qu’une longue introduction, ce qui n’est pas la cas en l’occurrence. Il y avait le potentiel pour faire un film beaucoup plus condensé et solide, mais en l’état c’est surtout laborieux et ennuyeux avec quelques éclats ici et là.

2 réflexions sur “Divergent (2014, Neil Burger) : Dystopie pour les nuls et opportunités ratées

  1. Rien que la bande annonce ne me donnait pas envie et avec ton article, ça se confirme.
    Tu devrais essayer de voir « Le labyrinthe » qui est plutot pas mal, c’est le mystére complet du début à la fin dans le sens ou toutes les cartes ne sont pas dévoilées, on ne sait pas pourquoi tous ces ados sont dans ce labyrinthe, ni ce qui ce passe dans le monde exterieur.
    Il y a aussi « The Giver » mais là par contre, il y a pas mal d’incohérences, le concept du film est interessant (il me semble même que l’idée d’enlever les sentiments a déjà été exploitée dans un autre film), mais pas mal de petites choses m’ont dérangé (j’ai peur de trop en dire et de te gacher le film) après c’est peut être moi qui chipote, mais en soi ce film reste un bon divertissement.
    Voilà, bon cinéma =)

  2. J’ai vu le film en trois fois tellement il ne m’a pas inspirée. Pas grand chose ne se passe, les gens font des cascades dangereuses et inutiles pour…se prouver qu’ils valent quelque chose ? Et l’héroïne a des hallucinations. Voilà. Ça se réveille à la fin, mais trop peu trop tard.

    Merci pour les recommandations, le Labyrinthe me tente bien ^^

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