Giovanni no Shima (Giovanni’s Island) – Reverrais-je un jour l’île de mon enfance?

Fresque historique, Giovanni’s Island est une jolie surprise.

On suit le parcourt de deux frères, Junpei et Kanta, qui sont les témoins innocents des grands bouleversements historiques de leur pays : la fin de la Seconde guerre mondiale, et l’occupation des îles Kouriles par l’armée soviétique. L’île de Giovanni voit cohabiter pendant quelques temps Japonais et Soviétiques, ce qui permet aux enfants de rencontrer la charmante Tanya avec qui ils se lieront d’amitié, jusqu’à ce que l’armée décide de déporter toute la population japonaise dans un camp d’internement russe : Junpei et Kanta se voient arrachés de leur sol natal et ne pourront revoir leur chère île seulement 50 ans plus tard.

J’ai vu ce film au cinéma – les différentes images de cet article ont été glanées sur internet par conséquent – dans le cadre d’un festival (tout comme pour HAL et, la semaine dernière, Satellite Girl and Milk Cow), et si j’aime généralement l’ambiance de ce genre d’évènement, la réaction de la salle m’a cette fois laissée grandement perplexe : les gens riaient. Ils riaient, et moi je ne comprenais pas ce qu’il y avait de drôle dans ces images foncièrement dramatiques. Oui, c’est vrai que le film n’est pas exempt de moments plus légers, mais je vous jure que ces moments-là ne font pas l’objet de gros fous-rires non plus. Perplexe donc, j’étais. Et même franchement agacée. Heureusement, lorsque le public s’est aperçu que, finalement, Giovanni’s Island n’avait rien d’une adorable comédie sur fond de guerre, la salle est devenue un peu plus silencieuse, Dieu merci.

Même si c’est un film historique, Giovanni’s Island préfère se concentrer sur les deux enfants que sur les évènements historiques. La petite et la grande Histoire se rejoignent, et voir cette dernière à travers les yeux des enfants est forcément poignant car on voit l’innocence disparaître de leur vie de manière brutale : Junpei et Kanta ne comprennent peut-être pas exactement ce qu’il se passe, mais ils sont confrontés à une réalité qui les dépasse et qui les séparent de leur famille. Le regard n’est jamais moralisateur, ni misérabiliste et il n’y a pas diabolisation de l’armée soviétique, ce qui est toujours bon à prendre. La première partie est plus insouciante, et c’est aussi ma préférée, puisqu’elle se concentre sur la rencontre assez émouvante des deux cultures tandis que la deuxième, après la déportation de la population, est nettement plus dramatique sans pour autant verser dans le pathos excessif. Giovanni’s Island est un film sensible et très émouvant. J’ai énormément aimé la scène où les deux classes russe et japonaise chantent les chansons dans l’autre langue : on ne parle pas ici d’appropriation culturelle, mais d’ouverture et de curiosité : ce sont des enfants, et c’est avec toute leur innocence qu’ils cherchent à se lier avec les autres enfants. Entre amour et camaraderie, la vie suit son court.

Comme c’est un film sur la fin de la guerre, on se doute dès le début que certains personnages mourront dans des conditions plus ou moins tragiques. À ce moment-là, Giovanni’s Island flirte légèrement avec le « tire-larme », d’autant plus que nous arrivons à la fin du film, et je pense que c’est cet effet d’orchestration – d’autant plus évident que le reste du film est relativement subtile – qui m’a empêchée de ressentir les émotions de plein fouet (et je suis quelqu’un qui pleure très facilement au cinéma). Heureusement, le film reprend ses esprits et la manière dont les choses se sont déroulées ensuite retrouve quelque peu la grâce du début : le film ne s’arrête pas, les personnages non plus, ils continuent d’avancer, avec le poids de la perte sur les épaules et en eux, tandis que la toute dernière scène nous laisse avec un rayon d’espoir.

D’autre part, s’il y a une chose que je pourrais reprocher au film, c’est la surabondance des scènes de rêve à partir de la nouvelle de Kenji Miyazawa, Train de Nuit dans la Voie Lactée. Non seulement j’ai trouvé que ça ne s’inscrivait pas très naturellement parfois dans le film, mais sa présence est assez superficielle en fin de compte; ou peut être simplement que je n’accroche pas particulièrement à l’histoire de Giovanni et de Campanella? (La dernière, par contre, est particulièrement puissante.) Je regrette également le manque de développement des personnages comme Sawako, le père de Junpei et de Kanta, Hideo ou encore Tanya. En 1h42, je pense que le film avait amplement le temps de le faire. Au-delà de ça, l’animation a beaucoup de charme : j’ai toujours eu un faible pour les dessins croquis, et le trait de crayon vague de Giovann’s Island me plaît beaucoup. Je doute que ce procédé plaira à tout le monde parce que ça donne une image parfois négligée. Une des scènes d’animation que j’ai préféré, c’est lorsque Tanya se laisse dessiner par Junpei et que celui-ci, laisse son imagination voguer au point de faire danser ses croquis, et le rendu est extrêmement réussi.

Verdict : B+. Giovanni’s Island est d’une ineffable tristesse, sans pour autant être trop lourd : les moments plus légers et oniriques sont là pour atténuer la dureté des évènements et éviter un ton trop solennel. On ne pénètre pas trop dans la psychologie des personnages, ce qui nous empêche un peu de s’attacher profondément à eux, mais, paradoxalement, c’est aussi le caractère non-exceptionnel de ceux-ci qui nous permettent de nous investir dans l’histoire : Junpei, Kanta, Tanya sont des enfants a priori comme les autres, dont les vies sont bouleversées par des évènements extérieurs qu’ils ne peuvent pas contrôler (le film est d’autant plus intéressant qu’il traite d’une période historique peu connue). Au final, même si le film est inégal à la fois dans son rythme et dans son contenu, Giovanni’s Island regorge de bonnes intentions et sa maturité n’est pas à contester. Le film laisse derrière lui un sentiment de perte – perte de ses racines, perte d’un être cher, perte de son innocence – extrêmement poignant et authentique. Giovanni’s Island est un joli moment de cinéma, honnêtement plaisant.

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