Dernières séances ciné : Des dragons, des stars et une photographe

FVM

Bonne pioche.

Finding Vivian Maier (2014, John Maloof) – Elle était ma nounou

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En 2007, l’américain John Maloof achète un carton plein à craquer de négatifs dans l’une de ces ventes aux enchères qui écoulent les biens de personnes défuntes dont personne n’a hérité. Il développe les photos et les trouve belles, tout simplement. Il vient de découvrir le travail d’une des plus grands photographes de son temps, Vivian Maier, et il va se sentir investi de la mission de la faire découvrir au grand public.

Je ne suis pas une adepte du documentaire sur grand écran. Ça a donné naissance à deux genres que j’exècre particulièrement au cinéma : la docu-fiction et le documentaire militant, que je trouve excessivement manipulateurs malgré les bonnes intentions fièrement affichées. Heureusement celui-là n’appartient à aucune des deux catégories, c’est préparé, tourné et monté comme un documentaire classique. John Maloof a fait un travail de passionné, de détective, et son enthousiasme est contagieux. Et quand on se retrouve soudain devant les photographies prises par Vivian Maier, les émotions nous prennent à la gorge et aucun doute ne subsiste : nous voilà en face d’une grande artiste.

Je suis impressionnée par le travail d’archivage, de rassemblement et de tri des informations, de recoupement des témoignages accompli pour ce film. Et en dehors de faire découvrir le travail de Vivian Maier, le documentaire permet de réfléchir sur des questions importantes qui concernent n’importe quelle génération (principalement : pourquoi personne n’a été capable de se rendre compte qu’elle avait besoin d’aide, pour qu’elle puisse mieux canaliser sa paranoïa et sa folie et éviter que ça conduise à la couper du monde de manière aussi tragique, surtout dans ces derniers jours). C’est très émouvant, d’une manière qui n’exploite pas son sujet central ni la personne décrite. Je pense que c’est le plus beau compliment que je peux faire à un tel documentaire. 

Dragons 2 (2014, Dean DeBlois) – Daddy Issues et mignons dragons, la suite

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Confession : je pense que le point fort de Pixar sont les courts métrages muets et qu’ils se plantent quand il s’agit de faire du long et du parlé (la première partie d’Up ? Incroyable. La suite ? Beaucoup moins. Idem pour Wall-E), et que les récents scénarios de Disney sont complètement lénifiants, politiquement corrects, et leurs films ont arrêté de me faire rêver ou réfléchir depuis belle lurette. Heureusement, il y a Dreamworks. Quand Disney a commencé à me perdre ils ont pris le relais avec des films qui m’ont durablement marquée : Le Prince d’Egypte, Chicken Run, Shreck, et maintenant Dragons.

Bien sûr ça allait être difficile pour la suite de faire aussi parfait que le premier film, mais celui-là a habilement évité l’écueil de n’être qu’une suite fanservice et a de bons développements pour nos héros en réserve. L’un des points forts de Dragons est son message pacifique, qui réussit à marquer sans avoir besoin d’être asséné à coups de marteaux. Dans le premier film on ne savait plus qui ou quoi avait commencé la guerre, jusqu’à un point où la situation en était devenue absurde, et cette fois nous avons l’occasion de découvrir un peu plus quelles en ont été les conséquences.

Ça reste du divertissement grand public, mais ils ont réussi à me surprendre ici et là avec des idées qui montrent qu’un vrai travail de réflexion a été mené. Je pense aussi que leur vision des rôles masculins/féminins qui travaille beaucoup Hollywood dernièrement est celle qui me plaît le plus. Continuez comme ça !

Maps to the Stars (2014, Cronenberg) – J’écris ton nom, Liberté

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Cronenberg est un réalisateur qui m’est passée sous le nez, et sans l’invitation d’aller voir ce film avec quelqu’un je n’aurais pas eu l’idée d’aller le voir de moi-même. Et quelle claque. Excellente direction d’acteurs (on comprend que les stars d’Hollywood veuillent travailler avec lui même si c’est un Canadien qui ne fait pas partie du système), réalisation ciselée, et un épatante chronique de la descente aux enfers (et de la libération, c’est-à-dire spoilers/ la mort /spoilers) de ces gens qui sombrent petit à petit vers la folie dans un monde sans limites.

L’argent peut tout acheter, même des armes qui ont servi à tuer les étudiants de Columbine, tout le monde se connaît et s’épie, on peut vendre ses besoins pour un paquet de dollars, la mort d’un enfant est un événement à célébrer, la valeur d’une personne se mesure à sa visibilité médiatique et au nombre de personnalités qu’elle peut prétendre connaître, et au fond du trou on découvre que même le tabou fondateur de toute société humaine ne tiens même plus. Les enfants qu’on fait deviennent des stars dont il faut tirer de l’argent ou des déchets dont il faut se débarrasser.

J’aime beaucoup le regard que pose Cronenberg sur ses personnages (ses acteurs qui jouent des acteurs), c’est un regard qui ne fait aucune concession, mais qui ne contient aucun mépris. On s’embête aussi un peu devant ce film, parce que la vie de ces gens est tout de même remarquablement creuse, jusqu’à ce que les problèmes s’accumulent et s’accumulent encore et arrive l’explosion.

D’habitude je suis un peu réticente à aborder la sélection de Cannes tellement j’ai été déçue par les films présentés année après année, mais Maps to The Stars appartient au groupe de ceux qui valent le détour. 

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4 réflexions sur “Dernières séances ciné : Des dragons, des stars et une photographe

    • A la base moi non plus, c’est sur recommandation que j’ai été les voir et je les recommande à mon tour ! Ça ne m’étonnerait pas que Vivian Maier repasse à la télévision un jour tellement le format est idéal pour le petit écran. Maps to the Stars est assez violent, mais ce n’est pas un thriller ni de l’horreur. Les interviews autour de ce film sont très intéressantes, et Julianne Moore a gagné le prix d’interprétation féminine à Cannes pour son rôle.

  1. J’ai beaucoup aimé Finding Vivian Maier.
    Quand je regarde ses photos, je me dis qu’elle avait tout compris de la nature humaine, des autres. Je trouve ce contraste entre sa vie personnelle et son œuvre fascinant.

    • Je trouve que l’un des spécialistes interrogé dit quelque chose de très juste : elle savait trouver la bonne distance avec les autres, juste au seuil de leur espace personnel (ni trop près, ni trop loin). Elle avait aussi un talent incroyable pour repérer la beauté dans des scènes qui autrement nous paraissent ordinaires quand nous passons devant.

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