La Fille-satellite et la vache à lait – Rencontre du 5ème Type

Bizarre, vous avez dit bizarre?

Bingo! Rien que le résumé te met dans l’ambiance (ne dites pas que vous n’avez pas été prévenus, je ne vous croirai pas!) : Il Ho est un satellite orbitant au dessus de la Corée depuis quelques années, mais qui a cessé de fonctionner. Il est réactivé en entendant une chanson. Par curiosité, il décide d’aller sur Terre et rend la forme d’une fille-cyborg. L’autre personnage se prénomme Kyung Chun, jeune musicien qui manque d’inspiration, et qui vient de se rendre compte que la fille dont il est amoureux depuis 5 ans en préfère un autre. Le cœur brisé, il se transforme en vache (toutes les personnes au cœur brisé sont destinées à devenir des animaux) et se trouve condamné à fuir 1) l’effrayant incinérateur sur pattes qui cherche à éliminer toutes ces âmes en peine, 2) un tout aussi effrayant trafiquant d’organe (au cas où vous commenciez à douter que vous regardiez un film sud-coréen!) armé d’un débouche-toilette magique, en quête du foie de ces pauvres âmes en peine qui, décidément, ne peuvent pas avoir le cœur brisé en toute tranquillité! Bref, Kyung Chun rencontre inopinément Il Ho, qui élit domicile chez lui, ainsi que Merlin l’Enchanteur…transformé en papier-toilette magique pourfendeur de l’humanité dont la cape vole au vent– non, ne me demandez pas pourquoi – . Le but de cette histoire c’est euh…de se demander si Kyung Chun va reprendre sa forme humaine grâce à ses nouveaux amis, et si son cœur si brisé va être réparé par la gentille Il Ho, tandis que…non, on ne saura pas quel est le problème de Merlin, si vous voulez tout savoir.

Vous comprendrez rapidement de toute manière que vous allez devoir vous passer de la question « Pourquoi? » pendant les 80 prochaines minutes de votre vie. Et après, tout, pourquoi pas? The Satellite Girl and Milk Cow est donc un bien drôle d’OVNI, d’autant plus curieux que malgré son éparpillement, sa mise en contexte quasiment absente et son manque de fil conducteur concret… on parvient quand même à rentrer dans cet univers, c’est quand même incroyable, non? Les situations cocasses et absurdes abondent, et le film se fiche un peu de savoir si vous allez rentrer dans son délire (à l’état pur, pas de restriction ou d’auto-censure ici, non, non, non!) : soit on monte dans le wagon, soit pas, c’est limite plus votre problème que le sien. D’explications rationnelles, vous n’en aurez pas, donc inutiles de les attendre et les espérer, vous risquez juste une surchauffe de neurones et un bon lot de frustration en prime. Satellite Girl and Milk Cow est une histoire d’amour improbable à l’univers très déstabilisant et onirique : c’est un peu comme si le réalisateur/scénariste avait réuni tous les éléments les plus excentriques pour les allier entre eux de manière plus ou moins cohérente (j’insiste sur le « ou moins », vraiment.), et vous avez le film. Heureusement, pour nous aider à faire passer la pilule, le film sait être drôle, pour peu que vous soyiez un peu sensible à l’humour sud-coréen, qui contient un peu (mais pas de manière excessive) des scènes pipi-caca, de l’absurdité à foison (je ne vous donne pas d’exemples parce que je ne veux pas gâcher la surprise, mais il y a des moments proprement truculents), des jeux de mots plutôt recherchés, et un charme très particulier.

Tous les personnages sont attachants malgré leur manque de profondeur, et s’il y a une critique sérieuse que je pourrais adresser au film, c’est de justement ne pas avoir su/ne pas avoir eu la place de construire un registre émotionnel un peu plus fouillé et efficace (ce n’est pas comme s’il n’y avait pas les éléments nécessaires!). On s’amuse au final beaucoup même si on comprend rien de ce qu’il se passe, mais on reste relativement détaché du sort des personnages du début jusqu’à la fin, ce qui rend le dernier rebondissement un peu faible et une impression globale un peu incomplète. L’autre problème est strictement technique : il y a des progrès à faire au niveau de l’editing, tandis que l’animation en elle-même est tout à fait agréable bien qu’assez oubliable au fond. Satellite Girl and Milk Cow signe les débuts modestes de Jang Hyung Joon. Si le résultat semble encore inabouti, il n’en reste pas moins prometteur pour le jeune scénariste/réalisateur, qui parvient à ne pas tomber dans le piège de copier Ghibli – même si les références sont là –, de trouver son propre style et d’avoir conscience des limites de son script : le film dure une heure vingt, ce qui un choix plus que judicieux, lorsqu’on connaît la difficulté de nos jours à faire des films de moins de 2h, et lui permet de ne pas s’enferrer trop longtemps dans des gags moins réussis et de ne pas laisser l’ennui gagner ses spectateurs. Les interprètes, Jung Yumi et Yoo Ah In, contribuent au charme du film, apportant la fraîcheur et l’énergie nécessaire pour le rendre dynamique.

Verdict : B-. Pas parfait, ni indispensable (je suis prête à parier que ce film est tellement barré qu’il ne fera que diviser les foules), mais c’est un film très mignon et un peu perturbant à la fois vu que c’est du délire en bouteille. Toutefois, c’est justement sa bizarrerie assumée, son innocence alliée à sa folie aussi furieuse que douce étrangement attachante, qui remplit le cahier des charges et permet à The Satellite Girl and Milk Cow d’être un bon moment de cinéma : on en ressort avec le sourire aux lèvres, c’est déjà bien, non? Je surveillerai le prochain long métrage de Jang Hyung Joon, en tout cas!

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