Omohide Poroporo (Souvenirs Goutte à Goutte) – Réminiscence de soi, Recréation de soi

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Je ne pensais pas emmener en voyage avec moi la petite fille que j’étais…

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Au cours de l’été 1982, une jeune office lady tokyoïte décide d’aller cueillir le faux-safran chez son beau-frère. Sur la route, elle se laisse submerger par les souvenirs qu’elle a de son enfance à la fin des années 60. Elle prend ça comme le signe qu’il est temps de faire le point sur sa vie, et peut-être de prendre un nouveau départ. 

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Nous suivons la grande Taeko qui se souvient en même temps qu’elle quitte Tokyo de la petite Taeko. Taeko en 1966 a 11 ans, et va vivre plusieurs petites aventures qui à l’époque lui sont apparues comme de grands événements, dont le passage à la puberté. A travers ses souvenirs, Taeko nous raconte aussi comment dans les années 60 le Japon était en pleine transition socio-culturelle. La condition des femmes, la structure de la famille et la vision de la sexualité étaient en train d’évoluer d’une génération à l’autre. Notre héroïne est consciente qu’elle ne comprenait pas grand chose à ce qui se jouait à l’époque, et pourtant elle était affectée. Elle avait aussi le sentiment d’être différente de ses soeurs, deux brillantes carriéristes, et peut-être que son voyage va lui permettre de découvrir quelle direction elle veut prendre. 

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Ce qui m’a toujours surprise avec Isao Takahata (découvert avec Kie la petite Peste et Pompoko), c’est son goût pour l’anecdote. Mais ce qui est en apparence anodin est en réalité révélateur de quelque chose d’important une fois disséqué. Dans Omohide, ce que nous raconte Taeko sont plusieurs petits souvenirs d’enfance qui semblent individuellement ne pas porter tant de sens que ça, mais mis bout à bout on devine qu’ils forment le témoignage plus général de ce qu’était le Japon de la fin des années 60, et comment cette époque est perçue vingt ans plus tard.

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Quelque chose qui revient souvent par rapport à ces années est l’émerveillement. Un ananas (qui finalement est une déception), les tailles-crayons électriques, la révolution des Beatles, tout cela repasse devant les yeux de Taeko « comme un film ». Mais ces souvenirs prennent une autre ampleur lorsqu’elle les emmène avec elle à la campagne. Elle les raconte à ses amis, et ils deviennent la base de comparaisons, de conversations sur l’avenir. Ces souvenirs partagés deviennent aussi un moyen pour Taeko d’en apprendre plus sur elle aux autres, et même d’avoir un point de vue différent sur ce qui l’a marquée pour dédramatiser un peu les petites tragédies de son enfance. Je pense que Takahata a voulu nous dire à travers ce film que les souvenirs sont une richesse, et qu’ils peuvent prendre une autre dimension quand ils sont racontés.

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Au-delà des décennies auxquelles le film fait référence (les années 60 et 80), il parle plus généralement du regard nostalgique qu’on peut porter sur un certain âge de sa vie où le monde était encore à découvrir. L’idée des souvenirs « comme au cinéma » implique un certaine idéalisation de cette période. Par exemple, le premier émois amoureux a été ressenti par Taeko comme un tel moment de bonheur qu’elle s’était imaginée flotter dans le ciel, des étoiles dans les yeux. Ce souvenir suffit encore à la rendre heureuse et toute excitée. Cela donne lieu à la scène la plus onirique du film, merveilleux exemple de la dextérité du réalisateur. 

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Là-dessus s’imbrique encore une autre strate temporelle apportée par Toshio : celle de l’âge de la paysannerie, avant que l’urbanisation ne commence à dépeupler les campagnes. Deux nostalgies se superposent alors, celle de l’enfance qu’on a vécue, et celle d’un monde fantasmé des ancêtres qui auraient été dans un rapport idéal avec la nature. Ce monde est ressenti comme un « monde originel ». Takahata a conscience que ce portrait est enjolivée et fait dire à ses personnages « c’est l’idée qui est exaltante, pas la réalité. » Taeko se rend compte elle-même plus tard que sa vision des choses est incomplète et son opinion inconditionnelle de la vie rurale biaisée.

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Ça concerne aussi ses souvenirs d’enfance à travers les deux « garçons de sa vie » : au début elle ne se remémore que Hiroto qui incarne le premier amour idéal et innocent, et à la fin remonte le souvenir d’Abe beaucoup plus perturbant. Ce souvenir inextricablement lié à un sentiment de culpabilité cuisant va revenir la hanter lorsqu’elle s’interroge sur sa vision de la vie rurale. Est-ce que je l’aime vraiment ou est-ce que je ne suis qu’une hypocrite qui va en profiter pendant les vacances et retourner tranquillement dans son petit appartement confortable à Tokyo ?

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Takahata a parfaitement compris qu’une femme qui se pose ces questions comme Taeko peut se sentir prise entre deux modèles féminins contradictoires, la citadine et la paysanne, même si dans les années 80 les deux sont encore soumises à un modèle hiérarchique peu favorable aux femmes. L’héroïne fait preuve d’une grande souplesse en passant de l’un à l’autre et d’une ouverture d’esprit en comprenant les deux points de vue. Le problème c’est qu’arrive le moment où il va falloir qu’elle choisisse le monde où elle veut construire son avenir au sacrifice de l’autre, et ce n’est pas évident du tout. C’est là que la petite Taeko qu’elle a emporté dans ses bagages va pouvoir se rendre utile. La conclusion est très optimiste, mais c’est la conclusion logique de tout ce qui a été construit par la narration pendant le film. 

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Isao Takahata a réalisé et écrit ce film, et ses dialogues (et monologues) sont tout aussi brillants que ce qu’il fabrique avec ses images. Les transitions sont d’une grande modernité, et Takahata n’hésite pas à nous surprendre par des procédés visuels pleins d’audace et d’inventivité. Par exemple dans le train Taeko l’adulte et Taeko l’enfant se croisent par l’effet de la réminiscence, et le paradoxe de l’espace-temps est merveilleusement bien rendu. Le film est parfois un peu « passé », probablement en raison des moyens aujourd’hui datés de l’époque mais les couleurs n’en sont pas moins éclatantes, les backgrounds pas moins raffinés. J’ai été frappée par le design des femmes dans ce film, plus réaliste et moins lisse que ceux qu’on trouve aujourd’hui même dans les productions Ghibli. Et certains plans de la campagne sont beaux à couper le souffle comme ce lever de soleil sur les champs de faux-safran. 

Conclusion

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C’est difficile de conclure sur ce film sans employer des expressions toutes faites comme « ode à l’enfance » ou « retour à la nature » alors que le film sait si bien rester nuancé et subtil. Ce que je trouve de plus formidable c’est qu’au lieu de représenter un prétexte à la régression nostalgique, les souvenirs d’enfance fonctionnent ici comme un tremplin vers l’avant. Courez le voir ! C’est une pièce majeure du studio et de Takahata. 

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4 réflexions sur “Omohide Poroporo (Souvenirs Goutte à Goutte) – Réminiscence de soi, Recréation de soi

  1. Ton analyse me rappelle pourquoi Souvenirs goutte à goutte est un de mes Ghiblis préférés! =) J’aime l’idée selon laquelle on transporte toujours une part de notre enfance avec nous, où que nous allions, quoique nous fassions, et que nous le voulions ou non. Mes moments préférés sont les petits moments en effet, j’étais encore émerveillée lors de mon premier visionnage de ce film de l’épisode de l’ananas : drôle, anecdotique, mais tellement juste à la fois!

    • Je pense que le souvenir de l’ananas est le plus universel. C’est tellement juste en effet ! L’excitation devant la nouveauté, la déception, se refuser d’admettre jusqu’au bout que ce n’est pas ce qu’on espérait, défendre quand même ce qu’on a voulu aimer devant les autres jusqu’à ce qu’on finisse par craquer. Et tout ça par la mise en scène ! Takahata est un génie de la narration visuelle.

    • Takahata n’a pas bénéficié de la même machine promotionnelle accordée à Myiazaki en France, sauf peut-être pour les Lucioles et le récent Princesse Kaguya. C’est un peu dommage pour Souvenirs parce que c’est de toute évidence l’un des chefs-d’oeuvre du studio. Je pense que d’autres mérites d’être dépoussiérés !

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