Shin Sekai Yori (From the New World) – No Light, No Light

Bon je retire ce que j’ai dis sur 2012 : ce n’est pas une mauvaise année pour les animes, c’est juste que je ne regardais pas au bon endroit. En voilà un qui se débrouille pour écraser littéralement toute la concurrence, me rappelle les meilleurs shows de l’année dernière et pourquoi je suis amoureuse de l’anticipation. Depuis que je suis toute petite j’ai toujours eu un énorme faible pour un certain genre de SF, celle qui nous projette dans un avenir plus ou moins éloigné pour nous montrer comment pourrait évoluer l’humanité si tel évènement survenait (par exemple dans le récent thriller noir Looper, les hommes développent la télékinésie et inventent la machine à voyager dans le temps) ou si tel aspect de la société ou de la technologie prenait des proportions démesurées (par exemple dans Gattaca l’hygiénisme, dans Brave New World l’eugénisme…). Mon film d’animation préféré reste Wonderful World, où l’idée de transformer la pollution en source d’énergie a complètement dégénérée (un peu comme dans Mayou Maou Yuusha et la guerre : les hommes sont allé trop loin et bénéficient trop du système pour vouloir changer les choses). 

Alors, de quoi parle cet anime au juste ? Résumer son script revient à faire d’énormes spoilers qui gâchent les twists de l’anime, et je peux vous dire qu’il y en a beaucoup et qu’ils sont parfaitement intégrés à la narration par le biais d’indices qui en disent juste assez pour nous mettre la puce à l’oreille et nous induire en erreur à la fois. J’essaie de rester suffisamment évasive pour éviter d’en dire trop mais ma critique après le synopsis contient tout de même quelques spoilers, notamment lorsque je parle des thématiques explorées. 

Les caps viennent du site Lost in America


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Nous voyons d’abord survenir d’étranges évènements au Japon : tout paraît parfaitement normal à Tokyo, jusqu’à ce que plusieurs jeunes gens manifestent des pouvoirs surhumains et destructeurs et les appliquent autour d’eux. 1000 ans plus tard nous découvrons dans un monde étrangement archaïque notre héroïne, Saki, qui vient d’être admise au grand soulagement de ses parents à la cérémonie de passage à l’âge adulte. Elle est visiblement dotée de grands pouvoirs psychiques qui ont tendance à déborder de manière assez violente, et la cérémonie va lui permettre de les canaliser. Elle peut ainsi enfin être scolarisée et rejoindre ses quatre amis d’enfance, Shun, Satoru, Maria et Mamoru.

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En apparence les enfants évoluent dans un monde protégé et chaleureux peuplé d’hommes dotés de pouvoirs psychiques contrôlées, mais Saki ne peu pas s’empêcher d’être de plus en plus mal à l’aise. Les enfants qui ne peuvent pas suivre les cours et ceux qui brisent les règles sont dits « déplacés » mais ils disparaissent purement et simplement et tout le monde fait comme si de rien n’était. Un soir Saki surprend une conversation entre ses parents inquiets de la voir aussi curieuse des tabous qui règnent sur la population. Sa mère éclate en sanglot et dit qu’elle « ne veut pas perdre un autre enfant. » Peu après ces évènements étranges, les cinq amis d’enfance partent en excursion à la lisière des territoires interdits, et ils font une découverte qui changera leurs destinées, et peut-être celle de leur monde à jamais.  

Je pense que la première grande qualité qu’on peu attribuer à cet anime sans l’ombre d’une hésitation est celle de sa narration et de son rythme. Ça faisait très longtemps que des épisodes qui durent à peu près 20 minutes paraissent s’écouler aussi rapidement. Jusqu’ici je n’ai compté qu’un seul épisode un peu en dessous des autres qui avait quelques « longueurs » (vraiment entre guillemets : la qualité étant exceptionnelle la plupart du temps ça fait un peu bizarre d’avoir juste un « très bon » épisode) et je n’e reviens pas qu’ils aient réussi à intégrer autant d’informations (et de très lourdes informations pas toujours faciles à digérer) avec autant de fluidité, sans jamais casser le rythme ni tomber dans l' »info-dumping », le matraquage d’informations balancées sans contexte. Au fur et à mesure qu’on avance tous les petits détails qui nous paraissaient étranges au début de l’anime (et même dès le pilote !) prennent tout leur sens, et on se sent comme les personnages de plus en plus emmêlés dans cette toile d’araignée où la liberté de penser et de se mouvoir n’est souvent qu’une illusion. 

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Je ne peux pas entrer dans les détails sans vous ruiner l’effet de surprise, mais je peux au moins dire que principalement l’anime traite de l’éternelle question qui consiste à demander si il vaut mieux préserver l’individu, ou sacrifier l’individu pour sauver la communauté. Le petit miracle du scénario et de ne jamais tomber ni dans l’individualisme à outrance ni de glorifier la communauté (ce à quoi on aurait pu s’attendre), mais plutôt de montrer qu’aucune des solutions n’est parfaitement valable et que les deux ont leur lot de squelette dans le placard et de bains de sang. Les « rats étranges », sortes de créatures mutantes à l’origine douteuse (la théorie la plus plausible en fait des descendants de groupes humains de l’ancien monde, mais cela pourrait être tout autre chose comme leur système de reproduction le fait supposer) sont là pour pointer le doigt sur une autre problématique, celle du « barbare », et les enfants psychotiques, ceux qui sont touchés par la maladie d’Hashimoto-Appelbaum et les « Renards dans le poulailler » (euphémisme pour les TK qui deviennent fous), nous renvoient à notre propre histoire en rapport avec la folie. 

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La morale dans cet anime est toujours subversive. Jamais le flou entre le bien et le mal n’aura été aussi trouble, et à la moitié de l’anime je ne sais toujours pas si ce « nouveau monde » vaut la peine d’être protégé, et si Saki et ses amis sont un danger qui va précipiter sa fin ou un espoir pour cette nouvelle humanité d’en finir avec les répercussions de l’apocalypse. J’ai lu partout que ce n’est pas un anime pour les enfants, mais s’il est vrai que je ne montrerai certainement pas ça à un gamin de 5 ans, je pense qu’on peu avoir à 12 ans la maturité suffisante pour encaisser l’anime, tout simplement parce qu’il ne tombe jamais dans la manipulation stérile du spectateur ni la perversion. Il ne le prend pas non plus pour un idiot en basant son idée sur un seul gimmick histoire de choquer (je pense au film Le Village, qui une fois débarrassé de son mystère est somme toute très con…ventionnel), c’est beaucoup plus complexe que ça.

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Les arguments des uns et des autres camps sont vraiment présentés de manière didactique, et jamais l’anime n’essaie d’implanter dans notre cerveau un jugement pré-mâché.  Les enfants (puis adolescents) eux-mêmes ne sont pas des « Elus Sauveurs de l’Humanité » en mode Jésus et sont au contraire de vraies bombes à retardement du fait de leurs dons et surtout de leur perspicacité plus développée que celle des autres, qui ne vient pas totalement de leur force intérieure comme on l’apprend plus tard. A mesure qu’on avance on se rend compte qu’en dehors de Saki les autres ne sont pas toujours capable d’assumer la vérité ni de survivre à ce monde extrêmement brutal, et comme d’autres je me demande si Saki (en tant que narratrice adulte) ne nous raconte pas son histoire du point de vue de la dernière survivante du groupe, perspective terriblement déprimante mais envisageable compte tenu du ton extrêmement sombre du show. 

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Un élément qui a fait couler beaucoup d’encre (maintenant on devrait dire qui a fait taper beaucoup de doigts ?) a été la sexualisation exacerbée des rapports entre les mineurs. Je n’ai pas été très surprise par cet aspect puisque 1) on nous explique assez rapidement d’où il vient et pourquoi il est favorisé et 2) c’est un élément qu’on rencontre dans Brave New World, à un degré encore plus extrême. Pour faire simple dans BNW les jeunes enfants sont encouragés dans les centres d’éducation à s’adonner à des jeux sexuels sous l’oeil bienveillant des formateurs afin de se débarrasser des tabous et des frustrations, libéraliser les rapports et leur inculquer le fameux principe selon lequel « tout le monde appartient à tout le monde ». Dans Shin Sekai Yori l’idée est plutôt d’encourager une sorte de mentalité « peace and love » sensée canaliser la violence et calmer cette période difficile de la puberté. Je ne sais pas si le fait que les couples de même sexe sont prédominants est lié à un quelconque formatage (sans doute faudrait-il lire le roman sur ce point) mais c’est assez curieux que la puberté soit associée à l’homosexualité tandis qu’ils sont automatiquement couplés entre garçons et filles pour sceller les prochains couples mariés après un lavage de cerveau.

Ce qui est sûr c’est que les relations entre nos cinq « héros » n’ont rien de conventionnel et évoluent énormément. Chacun est lié aux autres d’une manière différente et profonde. Ce que j’ai apprécié c’est que, loin d’être du pur fanservice, leurs rapports physiques sont soigneusement préparés et montrés avec délicatesse (et même avec un certain réalisme), et jamais de manière gratuite. Beaucoup ont crié au loup, mais je suis assez fâchée de l’hypocrisie générale qui consiste à dénigrer un anime qui ose présenter des rapports amoureux et physiques francs en rapport avec son thème quand à côté on voit énormément de relations sado-masochistes douteuses où les personnages feignent la timidité et l’innocence, voire des relations incestueuses qui passent très bien dans la communauté de fans parce qu’elles correspondent à des clichés faciles et des fétichismes nauséabonds (sans parler du succès de certains eroge/otoge où les personnages passent leur temps à se faire violer). 

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Arrivé à la moitié du drama (là où j’en suis actuellement dans l’attente avide de la suite) un nouveau thème est introduit : la politique. Toute la première partie est essentiellement consacrée à la découverte de la vérité, à l’évolution des personnages que l’on rencontre à l’âge de l’enfance et des grandes et terribles découvertes qui entraînent la perte de l’innocence, que l’on suit à travers la puberté et les émois amoureux, et enfin que l’on accompagne lorsqu’il s’agit de prendre des choix décisifs pour l’avenir. C’est là que Saki est intronisée aux mécanismes obscurs de la société dans laquelle elle vit, et invitée à en devenir un rouage essentiel. Nous réalisons à quel point la rhétorique de sa nouvelle « protectrice » est efficace, sans manquer de remarquer qu’elle aboutit à l’élimination pure et simple des « éléments perturbateurs ». La philosophie non avouée du Conseil d’éthique serait « soit un mouton, ou crève » tandis que Saki fait remarquer bien à propos un peu avant qu’une « corde a la même solidité que son lien le plus faible », impliquant par là que l’on connaît la valeur d’une civilisation en regardant comment elle traite ses membres les plus faibles, ou plutôt ici les plus déficients. Et le tableau n’est pas glorieux. 

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Sur une note plus superficielle, l’anime est absolument sublime et bénéficie d’une direction très variée qui peu changer drastiquement d’un épisode à l’autre, en sacrifiant bien à propos la cohérence esthétique en faveur de l’ambiance spécifique de l’histoire de tel ou tel épisode. Ils alternent les directeurs artistiques selon les besoins du scénario : quand l’anime a besoin de mettre en place une atmosphère rassurante au début tout en insérant des détails inquiétants, ils font appel à celui qui aura un style souple et plutôt mignon, mais lorsque l’arc implique le basculement dans une dimension effrayante c’est un autre qui prend la barre et qui nous livre des épisodes horrifiques fascinants qui impactent notre mémoire durablement. Il n’y a pas de symbolisme stérile dans cette série, la mise en scène est remarquable, le chara-design fait rêver et ils prennent le temps de toujours donner des coiffures et des vêtements différents et travaillés en fonction de leur personnalité aux personnages, même secondaires.

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Les décors et le bestiaire sont un fascinant mélange de réalisme et de surréalisme, et ça faisait un moment que je n’avais pas vu un monde entièrement inventé faire ressortir une aussi puissante impression de grouillement vital, renforçant ainsi le contraste entre une nature qui semble bien décidée à reprendre ses droits et une humanité affectée d’une pulsion de mort de plus en plus inquiétante. L’espèce humaine est en voie d’extinction dans SSY, et l’apparente rationalité du système de survie mis en place est extrêmement contradictoire et défectueuse. Le plus effrayant c’est qu’une autre branche en pleine expansion (les rats) est bien partie pour prendre la relève de l’humanité (et si on considère que ce qui fait un homme est la parole et le fait de se tenir debout en permanence, ils en sont déjà là). Sous leur apparent archaïsme, leurs guerres barbares et leur système esclavagiste, il s’agit bien de la civilisation qui ambitionne de succéder à celle de l’homme moderne qui a complètement dégénérée. Mais cela ne veux pas dire qu’ils sont meilleurs qu’eux, et au contraire Shin Sekai Yori donne le sentiment terrifiant que si le passé est un enchaînement d’atrocités, ce qui peut suivre si les choses restent comme elles sont n’est pas plus réjouissant. J’espère juste que les dix épisodes restant seront suffisant pour aller jusqu’au bout de ce monde au potentiel immense !

Verdict : Incontournable. Cet anime a tellement de qualités que c’est difficile de toutes les énumérer en un seul article et c’est le genre de scénario qui peu donner lieu à beaucoup d’interprétations sans pour autant donner dans le flou prétentieux. C’est si bien fait que la complexité du scénario reste parfaitement compréhensible, grâce à la clarté avec laquelle il est mis en scène. Ce qui est sûr néanmoins c’est que c’est tout sauf un show mainstreem (certains parlent même d’horreur même si je pense que c’est inapproprié) et il me semble qu’il faut quand avoir un certain degré de maturité et de capacité de recul pour le supporter. Après, à vous de juger. Si vous aimez les mangas comme 7 Seeds, les livres comme Sa Majesté des Mouches, les films comme Donnie Darko, en général les oeuvres où il y a toujours une part d' »inquiétante étrangeté », allez-y les yeux fermés. Moi je viens juste de passer ma journée à marathoner 15 épisodes d’une traite. 

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Une réflexion sur “Shin Sekai Yori (From the New World) – No Light, No Light

  1. je regarde quasi jamais d’anime car je suis très difficile, mais là ça a l’air franchement pas mal et j’adore ce genre d’histoire. Je vais essayer de lire plus souvent tes articles sur les animes ^^

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