Kaze No Tani No Naushikâ (Nausicaä de la Vallée du Vent) : Elle descendra du ciel sur les terres dorées, vêtue de bleu.

Je suis désolée de publier cet article si tard ! Mais il est fin prêt. Après les aventures de Kiki je me tourne vers un gros morceau : le destin d’une jeune femme à part, qui tient l’avenir des hommes et de la nature entre ses mains.

NB : Je n’ai pas lu en entier le manga original de Myiazaki (seulement lu en diagonale les deux premiers volumes), et je ne peux pas vous apporter une bonne comparaison. Si jamais vous l’avez lu ou si vous connaissez des blogs qui en parlent, ça m’intéresse beaucoup. 

Nausicaä a une genèse complexe, et a vu le jour au début des années 80 grâce aux studio Topcraft (plus d’informations sur Buta Connexion, le site d’où viennent comme d’habitude informations et extraits). Le budget serré explique les (négligeables) limites techniques du film. C’est Isaho Takahata, à qui Miyazaki a demandé de l’aide pour la production qui déniche Joe Isaishi et qui le convainc de collaborer avec eux pour la bande-son. C’est intéressant de noter qu’à l’époque il y a eu des projets d’exportation, mais les résultats ont été tellement irrespectueux de l’oeuvre originale et l’ont tellement dénaturée que cela a été la cause principale du refus de Miyazaki puis des studios Ghibli de vendre leurs films aux Etats-Unis et à l’ Europe. A l’époque le film a été remonté et vendu comme un sous Star Wars…pas difficile de deviner qu’ils ont tenté de vendre ça comme de l’animation d’exploitation sans penser que le message écologique pouvait vraiment toucher les gens. Il est arrivé plus de vingt ans après sa création dans nos salles obscures, cette fois intact. Techniquement c’est le quatrième film de Miyazaki après Conan, Lupin III et Sherlock Holmes, mais c’est le premier qui prend une femme pour personnage principal et le premier qui établit aussi fortement la « manière » de son réalisateur et ses thèmes de prédilection. 

La princesse Nausicaä, descendante d’une lignée de sang royal habite dans le village de la Vallée du Vent, l’une des zones encore préservées de l’invasion de la forêt toxique. Elle fait des recherches dans la forêt pour étudier les plantes, les animaux et extrait des éléments qui peuvent servir aux villageois. Un jour elle tombe sur une mue d’Omu, et ne tarde pas à sentir la présence de son propriétaire. Les Omus sont agressifs avec les hommes et détruisent tout sur leur passage, mais Nausicaä a le pouvoir de les apaiser. Nous suivons d’abord Yupa, un explorateur et bretteur légendaire qui a vu grandir notre héroïne et qui tient auprès d’elle la place de mentor. Il apprend que le père de la jeune femme est malade : la forêt toxique continue de progresser, inexorablement. Il leur apprend de mauvaises nouvelles. Deux nations du Sud ont été recouvertes par la flore toxique, et la guerre et la misère progressent aussi vite que la pollution. La Vallée du Vent est l’un des derniers havres de paix, protégée par la mer et la montagne. La situation devient dramatique lorsqu’un vaisseau de Tolmèque attaqué par des Omus s’écrase dans la Vallée.

La princesse Lastel de Pejite, tenue captive à bord du vaisseau succombe à ses blessures après avoir demandé à Nausicaä de « détruire le chargement ». La seule chose qui survit au crash du vaisseau est un étrange œuf rouge géant qui palpite, convoité par Tolmèque. C’est l’un des soldats géants qui ont anéanti l’ancien monde pendant les Sept Jours de Feu, et bientôt l’armée de Tolmèque débarque dans la Vallée pour se le réapproprier. La princesse Kushana de Tolmèque et ses guerriers tuent le roi, et Nausicaä devient incontrôlable. Yupa parvient à arrêter le massacre. Kushana décide de prendre la princesse de la Vallée en otage et de retourner avec elle à Pejite tandis que ses sbires s’occupent de l’œuf du Soldat sur place. L’escorte est attaquée en route par un chasseur de Pejite, le frère jumeau de la princesse Lastel. Nausicaä lui vient en aide lorsqu’il est touché et ils marchent sur la Vallée pour essayer d’empêcher la guerre qui se prépare entre Tolmèque et Pejite, et entre les Omus et les hommes.

Nous avons le droit au début à une genèse du monde post-apocalyptique que nous découvrons (idée reprise pour Laputa ensuite) à l’aide d’une tapisserie à la manière de celle de Bayeux. Elle nous montre les ambitions des hommes (des bateaux ailés qui reviendront dans Laputa), la construction des géants de feu utilisés pour la guerre. Les hommes perdent le contrôlent, les Sept Jours de Feu dévastent la terre, les Omus apparaissent, s’installent et progressent. Lorsque les hommes tentent de les attaquer ils se rassemblent et chargent en détruisant tout sur leur passage. Leurs cadavres développent des spores toxiques, la forêt se développe, l’air devient irrespirable et les hommes sont contraints de vivre masqués et de partir s’exiler vers des terres non contaminées. Un légende raconte qu’un sauveur vêtu de bleu « descendra du ciel sur les terres dorées, rassemblera les terres qui étaient séparées, et redonnera aux hommes un monde beau et pur. »  Yupa veut en connaître plus sur la forêt et savoir si c’est vraiment le destin des hommes de disparaître, tués par la forêt.

Nausicaä, les Omus, et les autres. 

Nausicaä est présentée d’emblée comme une amie de la nature, je dirais même une amoureuse ou une passionnée de la nature. Elle s’y intéresse à tous les niveaux : scientifique, affectif, utilitaire. Elle est un peu « animale » elle-même puisqu’elle a des instincts, elle sent le danger avant les autres et a des sens plus développés que la normale. Mais elle n’est pas moins douée avec les hommes et parvient sans difficultés à gagner l’affection de son peuple et à lui dispenser conseils et commandements fermes. Elle est belle, courageuse, a l’âme d’un chef (de par sa lignée et son caractère), est rarement traversée par le doute ou les préjugés et sait toujours quoi faire pour affronter un état de crise. C’est un modèle pour tous. La seule période de doute qu’elle traverse intervient après la mort de son père. Elle est effrayée par sa réaction violente et dit qu’elle « a peur que la haine ne la rende folle », jolie manière de résumer le grand mal qui a causé la perte des hommes. Ce n’est pas un hasard qu’elle prononce ces mots puisqu’elle a le pouvoir d’absorber la haine et la rage, justement. Et le défaitisme, accessoirement, comme au cours de cette scène superbe où elle enlève son masque au cœur d’une forêt toxique pour convaincre ses hommes de ne pas abandonner. Elle n’a pas beaucoup en commun avec le personnage d’Homère qui a inspiré son nom, excepté une caractéristique essentielle : le courage.

« Il ne resta que la fille d’Alkinoos : Athéna lui mettait dans le cœur cette audace et ne permettait pas à ses membres la peur. Debout, elle fit tête… »

(L’Odyssée, arrivée chez les Phéaciens)

Ses recherches la conduisent à un étonnant constat : si les plantes de la forêt toxique sont cultivées à l’aide de l’eau et du sable pur des sous-sols, elles s’assainissent. Elle réalise vite que les plantes à la surface sont toxiques à cause de la pollution crée par les hommes, et leur toxicité n’est pas inhérente à leur nature. Cette découverte renverse l’ordre des choses : au lieu d’une « vengeance de la nature » à laquelle les armées veulent croire (ou veulent faire croire), nous avons affaire dans ce monde à une tentative de la nature de revenir, certes, mais pas de manière agressive (au contraire de manière apaisante). C’est la réaction engendrée par son contact avec la pollution qui aboutit au résultat dévastateur que les hommes connaissent.

Une nuance aux vertus de la nature est apportée par le comportement agressif des Omus lorsqu’ils sont attaqués, qui fait penser aux charges d’éléphants (on les compare aussi aux baleines, mais je suis moins convaincue). Ce n’est pas la seule ressemblance que les Omus ont avec les pachidermes. Les éléphants comptent parmi les animaux les plus intelligents de la création, et ils ont un grand sens de la solidarité notamment envers leurs petits et les membres éteints de leur troupeau. C’est l’un des grands chefs des animaux dans l’imaginaire folklorique et on peut facilement faire le lien avec les Omus dans Nausicaä (en particulier à la fin). Et ce n’est sans doute pas un hasard si leurs apparitions sont accompagnées de sonorités Indiennes, quand on sait que l’un des dieux les plus importants de l’hindouisme est l’éléphant Ganesh. L’ironie de leur design en fait des insectes géants, amusante manière de combiner en une entité les animaux parmi les plus insignifiants et les plus imposants que nous connaissons. Nausicaä sait instinctivement comment s’adresser à eux, en utilisant à la fois la voix et le langage corporel.

Ce pouvoir de communication nous amène aux scènes les plus connues et les plus cultes (et aussi les plus parodiées) du film, les réminiscences de Nausicaä dans cet espèce de champ doré où elle a une vision d’un arbre de l’ancien temps, que l’on peut supposer être le même arbre de vie au cœur de Totoro et Laputa. Le tout premier souvenir traumatique qui prend place dans ce décor est celui du jour où on lui a arraché le bébé Omu qu’elle avait recueilli. La boucle est bouclée lorsqu’elle sauve un bébé à la fin du film. La manière dont Nausicaâ est présentée, toujours en contact étroit avec les antennes des Omus (sortes de racines soignantes et magiques) en fait une personnalité quasi sacrée au même titre que ces créatures. En fait il est presque question de religion de la nature dans ce film, même si il s’agit plus d’une croyance que d’un culte. Nausicaä est le sauveur de la prophétie, elle incarne le lien entre les hommes et la nature, et l’espoir d’un monde nouveau et pacifié. 

Les autres figures féminines sont contrastées, entre la douce Lastel impuissante et prisonnière et Kushana, la guerrière qui sert une idéologie en elle-même compréhensible (regagner le contrôle de la nature pour éviter l’extinction de l’espèce humaine), mais qui considère que la fin justifie les moyens. Pas d’hésitation à éliminer ses adversaires. La princesse Kushana est en quelque sorte le reflet inversé de Nausicaä. L’une protège, l’autre détruit. L’une vit en harmonie avec la nature et ses créatures, l’autre a subi de graves blessures  à cause des mêmes insectes et mène une quête où la vengeance personnelle se mêle aux intérêts politiques.

A l’exception de Yupa les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle : le père de Nausicaä est une figure ambiguë, que l’on voit surtout à travers les yeux de sa fille, le bras droit de la princesse de Tolmèque est un opportuniste de première. Asbel est d’abord un personnage anecdotique avant de changer de bord et de s’opposer aux plans destructeurs de son peuple, mais sa relation avec Nausicaä n’est pas tellement explorée au-delà d’un commencement d’amitié. Les hommes de Pejite sont au final les pires guerriers, qui ont gardé le Soldat et mené des expérimentations avec les Omus pour détruire la Vallée et vaincre l’armée de Tolmèque, mais leurs femmes libèrent Nausicaä et ont conscience de la folie de l’entreprise de leurs pères, maris, frères, fils.

Un monde exotique grouillant de vie 

Visuellement je considère Nausicaä comme l’œuvre la plus aboutie de Myiazaki, avec Mononoke et Chihiro. C’est un monde complet qui donne le sentiment que tout a été développé et exploité à fond, sans avoir l’impression que nous aurions pu en voir plus. L’espace n’est pas exploré, mais qui a besoin de l’espace quand les éléments naturels terrestres sont aussi bien développés ? Certes la technique d’animation a vieillit, certains décors manquent de profondeur, les formes des personnages sont souvent un peu plates et les couleurs ne sont pas toujours les plus belles (c’est très violet et jaune, pas le combo le plus appréciable) mais j’ai rarement vu un monde plus grouillant de vie aussi fascinant, à la fois effrayant et rassurant. Nous retrouverons ces deux aspects de la nature (qui soigne et qui tue) dans Laputa et Mononoke. Au niveau de l’animation, elle est de plus en plus dynamique jusqu’aux scènes haletantes de rébellions et de combats aériens. 

Au niveau du style c’est un mélange d’anticipation très originale (ni vraiment steampunk, ni vraiment totalement SF, plutôt « eco-friendly ») et d’inspiration Moyen-âgeuse (la tapisserie, les vêtements des personnages, les moulins à vent). Même les armures de l’armée sont réminiscentes  des chevaliers. Pour la bande-son c’est la première collaboration Joe Hisaishi/Myiazaki, et si elle est moins restée dans les mémoires que les suivantes (probablement en raison de ses sonorités un peu trop hétéroclites), elle lance les bases pour la suite. L’inspiration est orientale, mais plus Indienne que Japonaise. Années 80 oblige, le synthétiseur est omniprésent mais colle très bien avec l’ambiance du film. 

Par contratse avec les Omus, ces bombardiers bleus dont la présence est plus souvent reposante et rassurante qu’effrayante, les Soldats du Feu et en particulier celui que l’armée de Tolmèque tente d’élever comptent parmi les créatures les plus répugnantes qu’on peut croiser dans les films de Myiazaki. Cet espèce d’extraterrestre aux yeux verts et aux dents proéminentes semble sortir d’un cauchemar et ne dépayserai pas dans le paysage d’un film d’horreur avec quelques effets spéciaux soignés. Ce qui est intéressant c’est que ni le scénario ni la réalisation ne diabolisent ces monstres artificiels. Et on évite ainsi tout discours stérile : ce ne sont pas les avancées technologiques elles-mêmes qui sont mauvaises, mais l’usage que l’on en fait. 

Destruction, Reconstruction, Connexion

Les Omus sont d’emblée ceints d’une aura mystique, presque sacrée. Ce sont les gardiens de la forêt.  Notre héroïne est un peu « la femme qui murmurait à l’oreille des Omus » puisqu’elle a l’envie et la capacité de les comprendre, de les guider et de les aider quand les autres humains ont recours aux armes contre les insectes géants. L’erreur des hommes mise en scène par le film est de faire confiance aux mauvais titans : leurs créations monstrueuses, plutôt que les titans crées par la nature. Les Septs Jours de Feu sont clairement une référence aux Sept Jours de la Création de la Bible (à moins qu’il existe une autre genèse qui prend en compte sept jours ?) mais cette fois inversés en Sept Jours de la Destruction. Le contraste avec les 1000 ans que met la forêt pour s’installer et rendre à nouveau la terre saine souligne quelque chose que nous ne connaissons que trop bien : il suffit d’un instant pour détruire, et il faut des années pour reconstruire. 

La violence est omniprésente dans Nausicaä et le public visé est plus un public de jeunes adultes amateurs d’animation que d’enfants. Bien sûr l’objectif n’est pas d’en faire l’apologie, mais au contraire de la présenter sous son jour le plus brutal et le plus vain. Une guerre inutile contre de faux ennemis, la haine engendre la haine, la solution repose dans une cohabitation pacifique avec la nature et entre les hommes, chaque partie qui mène la guerre présente une vision biaisée des choses sans prendre en compte les éventuelles conséquences désastreuses de leurs décisions, nous sommes au cœur de ce qui se rapproche le plus d’un manifeste écologique et politique du maître.

Ce qui est frappant c’est qu’ il n’y a pas de réelle quête de Nausicaä dans ce film, et la jeune femme avance en menant les unes après les autres des « missions de sauvetage ». Sauver Yupa, sauver Lastel, sauver un jeune Omu, sauver le village, sauver Kushana, sauver les anciens, sauver Asbel, sauver le brick de Pejite et enfin sauver la Vallée du Vent par un ultime sacrifice. C’est rare que la narration repose exclusivement sur un tel enchaînement, et surtout sans entretenir une impression de répétition (les conflits avancent, les découvertes se succèdent jusqu’au grand final). 

Ce qui m’a frappé également en revoyant ce film et qui m’avait toujours échappé, c’est l’isolement de Nausicaä. Pas la solitude, mais l’isolement. Les autres pleurent pour elle, mais pas avec elle. Exception faite de la veille femme aveugle (séparée de l’héroïne par les générations) personne d’autre ne partage ses sentiments très forts avec la nature. Elle a plusieurs dons, mais son rôlé clé d’ambassadrice de la paix et de martyre l’écarte naturellement des autres. Il n’y a rien de triste, mais c’est un fait : elle doit affronter seule son destin. Cette mission « divine » qui lui est allouée la conduit à s’opposer aux hommes constamment sans vraiment pouvoir s’installer durablement et nouer des relations plus avancées que de l’entraide avec les autres personnages. C’est seulement après avoir réussi à calmer les Omus qu’elle peut enfin retourner triomphante, acclamée par son peuple. Son avenir sera celui d’une diplomate avec Kushana de Tolmèque et Asbel de Pejite, celui d’une scientifique pour l’avenir de la terre et celui d’une reine pour son peuple. C’est un peu dommage qu’une jeune femme au destin de grande dirigeante ne soit pas plus nuancée, mais c’est le sujet d’autres grandes sagas comme les 12 Royaumes, et pas vraiment celui du film. 

Le cycle de la légende, et l’espoir de renouveau (conclusion)

La première fois que j’avais vu Kaze No Tani No Naushikâ, j’avais été un peu déconcertée par cette fameuse scène merveilleuse où l’héroïne marche sur les antennes des Omus au son de cette petite mélodie chantée par une petite fille. Trois visionnages plus tard je pense qu’il n’y a pas une seule lecture de cette scène. On peut la voir comme une pure manifestation de nostalgie de cette période de l’enfance où on a pu avoir l’occasion de nourrir un lien spécial avec un ou plusieurs animaux, ou comme une vision qui sert simplement à illustrer la réalisation de la prophétie. C’est intéressant de penser que ce que les personnages ont vu, techniquement scientifiquement expliqué dans le film (la jeune femme marche sur les antennes des Omus) va pouvoir redevenir une légende pour leurs descendants. Le moeve de Nausicaä deviendra des ailes dans les représentations et les antennes deviendront une sorte de prairie sacrée. C’est une légende qui devient réalité, qui peut redevenir une légende (et s’accomplir à nouveau si l’humanité connaît une nouvelle période de crise, un éternel recommencement comme dans Zelda !). 

Plus sérieusement Nausicaä est de toute évidence une grande déclaration d’amour à la féminité. Sont célébré l’instinct protecteur des femmes et leur relation privilégiée avec la nature, leur sens du sacrifice et leur pragmatisme. Miyazaki ne voit aucune gloire dans la guerre, montrée ici dans toute son absurdité, en particulier celle des militaires et des rois. Par contre les guerrières sont vues avec plus de nuances. Kushana annonce Dame Eboshi, et nous savons que les combats de cette dernière ont un sens et qu’elle est capable d’une grande empathie pour les hommes. Ce serait intéressant de mettre Nausicaä et Mononoke en perspective, dans la mesure où San est une version encore plus « animale » de Nausicaä. San est une Nausicaä effrayée, passée définitivement du côté de la nature alors que dans ce film la part d’humanité de l’héroïne est encore dominante. 

Est-ce que le film a bien veilli ? Définitivement, oui. C’est encore un vrai plaisir à voir au cinéma. Sur le fond le message est suffisamment intemporel pour toucher toutes les générations puisque l’histoire de Nausicaä est un cycle qui ne cesse de se répéter à travers les âges (évolution de la technologie et du savoir, décadence, guerres et/ou catastrophes liées à la nature, exil, reconstruction). Le message final du sacrifice de Nausicaä peut dérouter et ne propose pas de véritable solution (il s’agit d’un miracle), mais on s’y retrouve plus avec les scènes du début et le générique de fin : la recherche scientifique peut aider à mieux comprendre et appréhender la nature, la solidarité et le travail commun portent leurs fruits. D’une certaine manière si Laputa représente l’utopie du pouvoir total sur les éléments, la Vallée du Vent représente l’utopie de la communion avec la nature. Et tant qu’il y aura des gens pour faire en sorte que les hommes et la nature puissent coexister en harmonie, il y aura de l’espoir.

2 réflexions sur “Kaze No Tani No Naushikâ (Nausicaä de la Vallée du Vent) : Elle descendra du ciel sur les terres dorées, vêtue de bleu.

  1. Lorsque j’avais vu ce film vers 14-15 ans, il ne m’avait pas paru si marquant que ça. En fait, je m’y étais ennuyée ferme. Mais j’ai réalisé, lorsque je l’ai re-regardé beaucoup plus tard, à quel point c’était un bijou d’une très grande richesse à la fois du point de vue de la forme que du fond.

    Je suis d’accord : le personnage de Nausicaä est une déclaration d’amour du réalisateur envers les femmes en général, déclaration qui sera faite dans chacun de ses films et qui fait sa particularité.
    C’est drôle que tu établisses le lien entre Nausicaä et Mononoke Hime car je m’étais également faite la réflexion que les deux films partageaient de nombreuses similitudes. Dans leur héroïne d’abord mais aussi dans la grande violence des échanges Nature/Homme. La charge des Omus n’est pas sans rappeler la charge des Dieux Sangliers avec tout le sang que ça implique. Seulement, je trouve le résultat de Mononoke Hime plus nuancé dans le sens où la fin de Nausicaä est un peu idyllique. Mais ce n’est pas pour autant que ça baisse le niveau du film (un peu d’espoir de temps à autre, ça ne peut pas faire de mal), au contraire, on ressort de l’aventure avec des étoiles dans les yeux.

    EDIT : c’est fou de se dire que le film est sorti en 1984 et qu’il n’a été diffusé que 22 ans plus tard à l’international!

    • Oui j’avais pile seize ans quand il est sorti en France ! J’ai eu le coup de foudre mais avec du recul je commence à voir que le film est plus puissant sur le plan émotionnel (j’ai encore pleuré devant les scènes avec les Omus, surtout ceux de l’enfance de Nausicaä) que sur le plan intellectuel. Prophétie, miracle, c’est bien joli mais c’est un peu trop déconnecté de la réalité. Il faut que je me replonge dans le manga il me semble que c’était plus contrasté.

      Je n’avais jamais fait le lien entre Mononoke et Nausicaä avant de revoir le film pour écrire dessus. Je suis d’accord pour dire que sur le plan du scénario, Mononoke est plus riche et plus subtil, mais j’ai toujours eu un énorme faible pour l’anticipation alors affectivement Nausicaä l’emporte (ça et le fait que je sauvais tous les insectes quand j’étais petite).

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