Tenkū no Shiro Laputa (Le Château dans le Ciel) : Je ne peux pas oublier les lumières, parce que tu es dans l’une d’entre elle…

J’aborde ma part du projet avec l’un des films qui me tient le plus à cœur (nous les avons réparti entre nous selon nos préférences personnelles), l’expédition de deux jeunes gens pour découvrir un rêve à double tranchant : un Château dans le Ciel.

Tenkū no Shiro Laputa est officiellement le tout premier film du studio Ghibli. Sorti en 1986, c’est un film qui tenait à cœur à son créateur. Il s’est inspiré des Voyages de Gulliver (l’idée d’une île volante) et du manga Sabaku No Maho (le pendentif qui permet de voler). Le projet originel était principalement une œuvre de science-fiction steampunk et il s’est cristallisé lors d’un voyage de Miyazaki dans les villages miniers Gallois en voie de disparition à cause de la crise économique. Le Château dans le Ciel a été conçu pour un public plus jeune que celui de Nausicaa, son film précédent, et cela explique sans doute son ton plus léger et le scénario parfois un peu simpliste (j’y reviendrai). L’objectif était de réenchanter le grand public avec l’animation, et de réunir toutes les générations au cinéma.

L’action se situe dans une réalité alternative dans les années1860/1870, 700 ans après l’exode des habitants du ciel sur terre. Une jeune fille des plaines de Gondoa a été faite prisonnière d’un homme mystérieux, Muska, qui dirige l’ Opération Laputa avec l’armée. Elle parvient à s’échapper du vaisseau spatial dans lequel elle est séquestrée en profitant de la diversion créé par l’attaque d’une bande de pirates de l’air, la bande de Dora. Sheeta tombe du vaisseau, mais sa pierre sacrée la fait flotter dans l’air et elle atterrit dans les bras d’un jeune orphelin machiniste et clairon d’un village minier, Pazu. Il la recueille chez lui. Les deux jeunes gens sympathisent et Pazu raconte à Sheeta l’histoire de son père, un grand aviateur qui affirme avoir vu Laputa, le Château dans le Ciel, et pris pour un menteur à son retour. Pazu veut retrouver Laputa et prouver que son père disait la vérité. Ils sont ensuite pris en chasse à la fois par les pirates de l’air et la mystérieuse organisation qui avait capturé Sheeta, tous désirant mettre la main sur sa pierre sacrée. Par la suite ils s’allient avec la bande de Dora, et tentent de trouver Laputa…

 

Le générique d’ouverture retrace un pan de la genèse du monde que nous découvrons : le développement de l’industrie et de l’aéronautique, jusqu’à créer des « mondes flottants » entre lesquels les vaisseaux voyagent. Puis le déchaînement des forces de la nature, représenté par un énorme orage, et enfin l’exode des anciens habitants du ciel sur la Terre.

Les grandes illusions, et les deux facettes de la nature nourricière

Ce film est un bel essai sur les mondes perdus et la vanité des hommes face à la nature (qui a ici le dernier mot). Les références abondent dans ce sens : la tour de Babel de Brueghel, Atlantide (la partie immergée de Laputa), L’île de Pâque (les fameuses statues retrouvées à moitié enterrées comme figées dans le temps après une catastrophe, ici représentés par les robots). Et la scène récurrente qui revient dans le film est celle de la chute, comme pour symboliser ce qui attends les ambitieux qui veulent conquérir le ciel (en écho à la chute d’Icare ?). C’est d’abord la chute des habitants des mondes flottants, puis la chute salvatrice de Sheeta dans le village minier de Pazu, puis la chute des deux jeunes gens dans la mine, la chute massive et mortelle des militaires et enfin la chute de l’arme de destruction massive et des vestiges de Laputa dans la mer.

En trame de fond nous avons également la critique d’une forme d’aristocratie liée à la maîtrise d’une science sans limites (technocratie totalitaire ?). Ceux qui contrôlent les pierres volantes étaient la classe noble du monde flottant et Laputa était leur Palais, sorte de paradis volant isolé des autres et symbole de leur arrogance. Le film illustre aussi le pouvoir toujours à double tranchant des éléments naturels qu’ils veulent maîtriser, capables de donner la vie/le bonheur comme la mort/le malheur. Bien utilisé un élément peut être un moyen de guérison, trop ou mal utilisé il devient un poison. Le cristal de Sheeta est décrit comme particulièrement paradoxal puisque c’est un produit artificiel crée par les hommes, qui sauve Sheeta et Pazu plusieurs fois et qui montre la route, mais qui les met constamment en danger, sans compter que c’est aussi la clé d’armes de destruction massive (le cristal géant contient lui même le pouvoir de détruire/sauver Laputa).

Les robots suivent aussi cette logique et nous apparaissent alternativement comme des créatures infernales échappant à tout contrôle et comme les seuls gardiens bienveillants de Laputa. La scène où le robot échoué sur terre poursuit Sheeta est effrayante, et préfigure un peu la fameuse scène du Mangeur de Visages dans Chihiro. J’aime beaucoup cette manière qu’a Miyazaki de brouiller les cartes en retournant un élément malveillant en allié (et inversement) sans faire de jugement de valeur. La nature n’est pas destructrice parce qu’ elle est motivée par un esprit ou un dieu malveillant, c’est le cycle de la vie (mourir/détruire pour renaître/recréer). L’homme vient interrompre dangereusement cet équilibre en prétendant le mettre à son service. C’est la lecture des choses que le filme nous propose, sans pour autant faire de généralités.

Le dualisme est aussi présent dans toute la séquence finale en beaucoup plus manichéen avec les deux branches de la famille royale séparées, entre celle qui a été incapable de tirer une croix sur les splendeurs passées (celle de Romuska) et celle qui a transmis l’essentiel en se gardant bien de prévenir les descendants contre les conséquences néfastes des formules sacrées (celle de Lusheeta). L’image obsédante de la menace nucléaire revient à la fin lorsque le cristal révèle son arme, et nous comprenons alors la terrible vérité sur la domination de Laputa : impossible de lutter contre un canon géant inatteignable et inépuisable prêt à tirer sur la terre à tout moment. Les habitants de Laputa se sont littéralement pris pour des Dieux, capables d’infliger un châtiment terrible aux autres hommes (Muska cite lui-même Sodome et Gomorrhe et le Ramayana).  

En réaction à cette folie, Le discours final de Sheeta avant de prononcer la formule destructrice est l’un des moments de cinéma les plus forts que j’ai expérimenté quand j’ai découvert le film.

« Pourquoi Laputa a été détruite ? Je ne le sais que trop bien : Il y a une chanson dans la vallée de Gondoa qui dit: « Il nous faut des racines dans la Terre. Vivons avec le vent. Avec les semences, fertilisons l’hiver. Avec les oiseaux, chantons le printemps ». Qu’importe le nombre d’armes que vous ayez, ou combien de pauvres robots vous utiliserez, vous ne pourrez pas vivre séparé de la terre nourricière! »

A propos de la technologie des habitants de Laputa, j’ai trouvé ça un peu étrange que la famille royale ait prévu en concevant leur technologie une formule qui puisse tout détruire d’un coup, mais ce n’est pas exactement un Deus Ex Machina puisque Sheeta en avait parlé depuis le début.  

Malgré toutes ses thématiques sérieuses le film ne manque pas d’humour, surtout grâce à la bande de Dora qui s’allie à nos héros. L’action n’est pas en reste, et le film est traversé par un vent épique et porté par un dynamisme assez incroyable qui donne l’impression que tout va à toute vitesse, et que les personnages sont toujours à un fil d’exploser/tomber dans le vide/mourir. Quelques scènes de course-poursuites sont absolument superbes de ce point de vue comme celle des trains de la mine, celle du sauvetage de Sheeta avec la destruction (tellement violente qu’elle fait figure d’apocalypse miniature) de la base militaire, et le passage un peu bizarre mais fort en émotions du Nid des Dragons (sorte de déchaînement de la nature à l’état brut, avec un aperçu bouleversant du père de Pazu qui lui montre la route).

En contrepoint de ses scènes chargées en adrénaline, le film regorge de scènes de pur émerveillement qui s’étaient inscrites à jamais dans ma mémoire comme celle du chant des pierres volantes, et de scènes d’un grand pouvoir émotionnel comme lorsque Pazu est mis en face de son impuissance à sauver Sheeta (ce n’est qu’avec l’aide de Dora qu’il reprend la route), leur petit moment d’intimité dans la nacelle de guet, et la découverte des ruines de Laputa.

Si les pirates sont une source éternelle d’humour et d’action sans complexe, il en va autrement pour l’espèce de comité secret de Muska. La mise en scène réussit parfaitement à rendre leur présence inquiétante palpable : le silence effrayé lorsque leur avion de surveillance passe, leur alliance avec l’armée corrompue, et la crise de mégalomanie finale de Muska. C’est plutôt bien géré et la montée en puissance dans le délire est vraiment impressionnante lorsqu’on la découvre pour la première fois.

Un point du scénario que j’aurais aimé voir exploré plus en avant : Muska affirme que c’est une mission gouvernementale qu’il mène, mais jamais nous n’en savons plus sur cette histoire. Est-ce une mission purement archéologique ? Comme l’armée est envoyée en renfort, j’en doute. Mais alors pourquoi le gouvernement cautionne cette folie et la fait reposer sur un seul homme, d’autant plus que cette histoire d’énergie immense est visiblement connue de tous ? En plus de l’approche cartoonesque avec laquelle l’armée est traitée (c’est une bande d’idiots sans scrupules) c’est une des faiblesses un peu gênantes du film qui empêche son intrigue politique de toucher suffisamment fortement les adultes. Enfin j’ai trouvé le contraste entre les héros purs et le vil Muska un peu trop tranchée, et c’est pour cela que l’objectif de plaire à un public le plus large possible a pu limiter le propos du film en poussant Miyazaki a choisir ce genre d’approche.

Des personnages un peu trop basiques ?

Pazu représente l’innocence (il est toujours émerveillé et optimiste), le courage et la détermination. Sheeta est un peu plus complexe, d’une part en raison de son expérience (pourchassée, puis exposée directement aux conséquences de la folie humaine) et d’autre part en raison de sa lourde ascendance. Sa rencontre avec Pazu est une véritable renaissance et une seconde chance pour elle.

Mais Pazu et Lusheeta sont loin d’être les héros les plus passionnants du Maître (Hauru, Nausicäa, Porco, Chihiro sont bien plus nuancés et de ce fait plus attachants) et remplissent trop facilement la case « jeunes gens purs talentueux et courageux qui s’allient face à l’adversité », et je pense que ça empêche le film dans une certaine mesure de complexifier son discours. Leur motivation pour repartir chercher le château avec les pirates après le sauvetage de Sheeta est un peu faible et je ne comprenais pas pourquoi Sheeta avait envie de se replonger dans un passé qui la terrorise (mais c’est vrai qu’elle l’explique plus tard).

Les personnages les plus originaux qui sont devenus cultes sont Dora, Papi Pomme et le Papi mécano du vaisseau pirate, et ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi. On ressent vraiment toute l’affection du créateur pour eux, et je ne suis pas étonnée qu’il se soit inspiré de sa propre famille pour les créer. Visuellement ils sont très réussis et ont sans doute servi d’inspiration à d’autres animateurs par la suite.

Une inspiration Européenne et Antique

Au niveau de l’ambiance nous sommes dans l’une des œuvres les plus steampunk de Myiazaki. Ici ça consiste en un mélange de nostalgie des débuts de l’âge industriel (les mines, les vieux trains, le télégraphe) avec la magie des mondes imaginaires que l’on doit aux grands textes de l’antiquité (l’ancien testament, les utopies Platoniciennes). Les paysages, les architectures témoignent d’une inspiration fortement occidentale, notamment toutes les civilisations éteintes : Rome et Athènes pour l’architecture, l’Egypte Ancienne et la Crète pour les fresques. Les villages terriens sont plus inspirés de l’Europe qu’a visité Miyazaki dans les années 80, notamment le pays de Galles, et l’environnement steampunk tire sa source dans la Première Révolution Industrielle du 19ème siècle. 

Le château dans le ciel est aussi très inspiré de l’un de mes films d’animation préféré, le Roi et l’Oiseau (chef d’œuvre intemporel à voir absolument) où deux jeunes gens essaient d’échapper à un dictateur fou dans le labyrinthe de son château, aidés par un automate géant auquel les robots de Laputa ressemble beaucoup.

Tout ce qui a un rapport avec les pouvoirs du cristal magique tient plus de la science-fiction, notamment le cœur de Laputa où la science a remplacé la religion. C’est un lieu visuellement passionnant qui représente bien les deux extrêmes de notre environnement, entre l’abstraction la plus totale et la plus ordonnée des circuits d’énergie (environnement artificiel) et le fatras bien réel des plantes qui ont envahi les lieux (environnement naturel). 

L’animation a vieilli, notamment les couleurs (il y a des roses et des jaunes un peu sales) et rappelle beaucoup le styles des dessins animés Japonais des années 80/90 comme Le Petit Lord ou Robin des Bois. Dans l’ensemble je trouve que c’est moins beau que Nausicäa (pourtant antérieur à Laputa) mais il y a déjà en germe tout le génie et l’inspiration qui feront de Chihiro & co des chefs d’œuvres. C’est tout de même suffisamment grandiose au niveau de la mise en scène et de la composition pour nécessiter une découverte au cinéma (j’avais été voir une rétrospective, c’était magnifique).

Enfin au niveau de l’OST, c’est mon préféré de tout ce qu’a composé Joe Hisaishi pour Myiazaki. Le générique de fin chanté par Azumi Inoue réussit toujours à me faire pleurer et illustre pour moi à la perfection la sensation déchirante du renoncement, de la perte des illusions.

Conclusion

Laputa, le Château dans le Ciel est un film formidable sur l’utopie et ce qu’elle a de fascinant et de dangereux. C’est le symbole par excellence de la fuite en avant (on échappe à la misère terrestre pour un autre monde supposé merveilleux) qui doit nécessairement rester un mythe inatteignable puisque son contrôle implique inévitablement une forme politique totalitaire conçue comme supérieure aux autres (et elle entraîne tout ce qui vient avec : colonisation des autres peuples, naissance d’une classe dirigeante qui finit par se donner une aura divine). J’ai lu des critiques qui formulaient ma frustration quand j’avais vu ce film pour la première fois : tout le film est tendu vers Laputa, et lorsqu’on la découvre à la fin non seulement ce n’est plus qu’une ruine mais les héros ne s’y attardent pas. Mais j’ai compris plus tard que nous ne sommes pas chez Disney, et le but n’est pas de faire découvrir une civilisation merveilleuse avec pleins d’autochtones avec des beaux costumes, des chants, des danses et des trésors en abondance. C’est beaucoup plus intelligent que ça. Les films de Myiazaki qui abordent le thème soit de la nostalgie soit des rêves de mondes merveilleux véhiculent un message de retour à la réalité brutal : la civilisation idéale est soit déjà perdue, soit menacée, soit en pleine transition, soit entièrement imaginaire.

Ce n’est pas le film le plus réussi de la carrière de Myazaki, mais son importance dans son œuvre ne doit pas être négligée. Les personnages principaux ne sont pas inoubliables, l’animation est de la qualité (un peu simpliste même si superbe) des films « mineurs » comme Porco Rosso et Kiki la petite sorcière, mais c’est surtout la créativité et la trame de fond ambitieuse du film qui en fait un incontournable et un classique, et qui le range avec les « grands » (Nausicäa, Mononoke…). Si les films plus récents de Ghibli sont devenus un peu lourds avec leur massage pro-écolo, Laputa réussit à éviter toute condamnation gratuite Méchant Homme VS Gentille Nature en nuançant son propos et en présentant d’égales à égales les deux facettes du progrès industriel. La cité des habitants de Laputa est infiniment triste : déserte, presque morte, avec seulement le robot jardinier qui continue à témoigner de l’activité humaine passée. La nature a repris ses droits, mais ce monde sans homme est aussi terrifiant puisqu’il nous renvoie à l’extinction de nos propres civilisations. On est loi du fantasme inspiré par les vieilles photos du père de Pazu. En conclusion c’est bien une œuvre qui vise à réconcilier toutes les générations avec le pouvoir d’émerveillement de l’animation, mais il ne se contente pas de faire l’apologie des grands voyages de découverte et des grandes civilisations avancées qui se sont voulues hégémoniques, il en montre aussi les conséquences et les risques de dérives que nous connaissons bien. A voir et à revoir, pour rêver, et réfléchir.

Crédit pour les informations et la traduction : Buta Connexion

5 réflexions sur “Tenkū no Shiro Laputa (Le Château dans le Ciel) : Je ne peux pas oublier les lumières, parce que tu es dans l’une d’entre elle…

  1. j’ai vu ce film il y a déjà quelques années, et il ne m’avait pas vraiment marqué. mais ton article m’a donné envie de le revoir, peut-être que maintenant avec quelques années en plus je vais mieux le comprendre et le savouré^^
    Merci pour cet article et j’attends la suite de ce projet estival^^

    • Merci pour ton commentaire ! J’étais tombée amoureuse de celui-là dès que je l’ai vu pour la première fois, mais c’est vrai qu’en général il marque moins que les autres.

      • Moi pourtant, il m’avait tout de suite beaucoup marquée! Je l’ai vu la première fois au cinéma et c’était un instant tellement magique que dès qu’elle est sortie, j’ai acheté la VHS pour pouvoir le regarder, le reregarder et le rereregarder! (et oui, c’était encore l’ère des K7 haha).
        Mais peut être que c’est aussi parce que j’étais déjà amoureuse du Roi et l’Oiseau également (Mina, est-ce qu’on peut arrêter d’être pareille, c’est flippant au bout d’un moment xD)…
        Mais il est vrai que Miyazaki et moi, c’est une grande histoire d’amour…^_^

  2. Mon préféré des Miyazaki (mon coup de coeur revient au Chateau Ambulant) et même s’il me semble moins « marquant » que d’autres, il est clair qu’avec la musique magistrale de Joe Hisaishi (oui sa meilleure composition miyazakienne !) ce film me fait planer sur une autre planète ^^

  3. ton article est SUPER ! J’ai compris plein de nouvelles choses à propos de ce film que je connais depuis longtemps et que j’adore :)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s