Arakawa Under the Bridge – Premières Impressions : Alice au masculin?

Petite pause nipponne pour me changer un peu les idées au milieu de ces innombrables séries coréennes que je suis en ce moment. Et pour chercher une fenêtre sur un nouveau monde, Arakawa Under the Bridge n’aurait pas pu être un meilleur choix tellement la série détonne, et par rapport à l’ambiance sud-coréenne, et par rapport à celle que les japonais ont l’habitude de nous concocter. Pour un bref rappel, Arakawa Under the Bridge est une adaptation du manga du même nom créé par Hikaru Nakamura. Une version animée du support papier est sorti en 2010 (et on en lit beaucoup de bien) tandis que la version live a été diffusée l’été dernier (ça passe vite tout ça!). Je n’ai pas lu le manga et je n’ai vu de l’animé que les deux premiers épisodes donc mes impressions ne feront pas l’objet d’une comparaison soutenue entre les deux.

Tout ce que je peux commencer par dire est qu’Arakawa Under The Bridge est un concept original, pour ne pas dire…spécial. L’anime avait annoncé la couleur : les Japonais peuvent totalement frappés lorsqu’ils le veulent. Je pensais que j’y étais plutôt habituée, mais l’anime va bien au-delà du seuil du délire burlesque autorisé. Avec ce genre de sentiments à l’égard d’Arakawa Under the Bridge, je commence alors la version live (parce que l’article de Kerydwen sur Luminophore me l’a si bien vendue!), m’attendant totalement à cette ambiance totalement loufoque et déjantée. Je me dois de vous prévenir alors : l’atmosphère, l’ambiance est tellement différente, marginale, et frappadingue que ça pourra déplaire à beaucoup. C’est typiquement le genre de série qui divise de manière drastique : soit on adhère à l’humour, soit pas du tout. Si l’on adhère, on adore ; sinon, on passe son chemin avec un très mauvais goût dans la bouche car je peux comprendre que d’évoluer dans un univers où l’un a la tête verte, l’autre, une tête d’étoile ou un autre, une tête de perruche puisse laisser plus perplexe qu’amusé un certain nombre de personnes.

Le scénario (si tant est qu’il y en ait un) peut prêter à confusion et nous amener à penser qu’il s’agit d’un drama plutôt normal, traitant d’amour, d’amitié et de tolérance. Mais non! Arakawa Under the Bridge peut être beaucoup de choses, mais certainement pas « normal ». Alors, reprenons en quelques mots de quoi il s’agit (c’est en fait le résumé du premier épisode, dans les grandes lignes) : Kô Ichinomiya est un jeune homme issu de la famille la plus riche du Japon à qui on a toujours appris de ne jamais se laisser aider par qui que ce soit afin de ne pas avoir de dettes. Très imbu de sa personne et affectant un air suffisant, il refuse par conséquent l’aide d’une mystérieuse jeune fille, alors qu’il vient d’être agressé par un groupe de jeunes qui lui a volé sa voiture et enlevé son pantalon sur le pont Arakawa. Cependant, en voulant récupéré ses vêtements, il tombe du pont et se serait probablement noyé si cette jeune fille en uniforme scolaire de sport ne l’avait pas sauvé.

  

Horrifié, il se rend compte qu’il a une dette à présent envers elle, et lui demande ce qu’elle veut afin de pouvoir s’en débarrasser. Mais elle, Nino, n’a besoin de rien car elle vient de Vénus. Puis elle se ravise : il y a une chose qu’il pourrait faire ; tomber amoureux d’elle. Bien que cette demande paraisse totalement hors-contexte, Kô accepte.

    

Commence alors une aventure totalement délirante, entre réalité et fantastique, lorsqu’il emménage sur les bords de la rivière avec Nino, et fait la rencontre des différentes personnes qui l’habitent, tous plus dingues les uns que les autres :

  • l’homme-kappa, le chef du village,
  • Hoshi, chanteur à la tête d’étoile,
  • Soeur, un homme en habit de nonne particulièrement violent,
  •  les frères Tetsuo et Tetsuro qui portent des casques en métal,
  • P-ko, une jeune fille aux cheveux rouges dont les maladresses peuvent s’avérer vraiment dangereuses,
  • Maria, belle mais sadique, vouant une haine envers les hommes,
  • Stella, dont l’apparence mignonne et fragile cache en réalité une jeune fille bagarreuse. Elle rêve de contrôler le monde,
  • le Dernier Samourai, qui se prend…pour le dernier samouraï,
  • Billy, le yakuza à la tête de perruche,
  • Jacqueline, une femme-abeille,
  • etc..

Par conséquent, lorsque Kô arrive dans cet univers, il a l’impression d’être tombé dans un asile de fous et d’anormaux : mais sont-ils vraiment aussi frappadingues qu’ils en ont l’air ; et surtout, lui qui se targue d’être si « normal », l’est-il vraiment?

  

Pour le dire franchement, moi aussi je me suis dit : « okaaaaay… » en voyant les habitants de la rive tellement cela me semblait être le nid des mésadaptés sociaux. Et en fait, je ne m’étais pas trompée : c’est réellement le nid des marginaux les plus tarés que j’aie jamais eu l’occasion de voir dans un j-drama…mais, alors qu’il aurait peut être été facile de nous faire faire de gros yeux en constatant que l’humour japonais peut être vraiment spécial, Arakawa Under the Bridge nous propose une brochette de personnages joyeusement délirants et absolument attachants. L’humour réside justement dans leurs attitude contraire aux « normes », et en tout cas à nos attentes, et comme Kô est le narrateur, tout passe par sa perception. Le drama a l’air d’un grand n’importe quoi, d’une histoire sans queue ni tête, avec aucun autre désir que de faire part de ses délires, mais en fait : non ; ou plus précisément : pas exactement. Car Arakawa Under the Bridge est totalement hors compétition sur l’échelle de la logique, et se situe toujours à la frontière du surnaturel et du réel. Les personnages sont tous déguisés et maintiennent des discours qu’un être comme Kô ne pourrait que taxer de pathologiques : entre Nino qui proclame venir de Vénus ou le chef du village qui se dit être un kappa, par exemple.

Chacun a sa particularité, et chacun a son délire, ce qui crée une micro-société improbable, mais étonnamment fonctionnelle. Le plus beau dans tout ça, c’est que chacun de ces membres acceptent l’autre tel qu’il désire qu’on le considère : aux yeux de tous, Nino ne fait pas semblant de venir de Vénus, elle vient de Vénus, le chef de village n’est pas un homme déguisé en kappa, il est un kappa, Hoshi ne fait pas semblant d’être une star, il est une étoile (hoshi veut dire étoile en japonais), etc. J’ai adoré de voir à quel point l’harmonie de cette société réside dans ces principes premiers : n’agir que tel qu’on désire le faire, libre de toutes contraintes sociales, libre du regard plein de jugement des autres, on ne pose pas de questions ; et on accepte l’excentricité des autres habitants. Sur la rive, ils ont crée leur propre monde utopique et autarcique, leur propre abbaye de Thélème dans laquelle chacun travaille au bonheur de l’autre, chacun a sa place et son rôle.

  

  

Kô, au milieu de tout ça, va devoir (difficilement d’abord) mettre tous ses préjugés derrière lui et réviser le terme de « normalité », et il commence son rite de passage en se voyant attribué un nouveau nom. Le chef du village renomme toute personne se joignant au groupe : Nino doit son nom au chiffre 2-3 qu’elle porte sur son uniforme (en japonais ni-no-san, hahaha, c’est brillant non?) par exemple. Il choisit Rikuruto (« recruit » en anglais haha), mais les autres l’appellent tout simplement Riku.

Le très grand nombre de personnages peut éventuellement étourdir tellement ils sont hauts en couleur, mais d’après moi, c’est aussi ça qui fait la richesse et le dynamisme de la série : parce que plus on est de fous, plus on rit, non? Tout comme Kô, on finit par s’attacher véritablement à ces personnages qui sont totalement inoffensifs, et beaucoup plus fragiles et blessés qu’on pourrait le croire. Je n’ai pas de personnage préféré car ils sont tous uniques, cependant, j’avoue avoir été moins marquée pour l’instant par Billy, Jacqueline et Stella. Les autres sont un vrai délice (j’ai tellement ri à la première apparition de la Soeur, la « surprise » du Chef du village pour le repas d’accueil de Kô/Riku, entre autres).

Maintenant, un (très) rapide point de comparaison avec l’anime : il y a des choses que je préfère dans la version live, et d’autres dans la version anime. D’abord, l’humour est plus facile dans la version anime puisque dans celle-ci on peut se permettre beaucoup plus d’exagérations visuelles etc : j’ai trouvé la rencontre entre Nino/Kô et celle de Kô/Chef du village plus drôles et plus réussies. Mais la version live n’a pas à rougir non plus dans la mesure où elle est superbe à voir et que les personnages sont fidèles à la version animée. Mon seul point de réelle déception est le personnage de Nino, qui n’est pas suffisamment mystérieux et « borderline » dans le drama. J’apprécie cependant le ton généralement moins hystérique de ce dernier, car trop de burlesque tue le burlesque, et l’anime était un peu « too much » pour moi.

  

Réalisation : A C’est vraiment très réussie, avec des couleurs vives, joyeuses, et pleines de chaleur. L’image est très lumineuse, et nous savons maintenant ce que veut dire l’expression « haut en couleur ». La mise en scène est originale, bien qu’elle puisse en surprendre plus d’un : le format court (20 mn!) rend déjà l’impression d’une série fragmentée, fonctionnant en scènes et sketchs brefs, mais le fait que ces épisodes soient eux-mêmes divisés par chapitre accentue le côté décousu.

  

Casting : A Une vraie bonne surprise : les acteurs sont vraiment sympathiques et convaincants. Si vous jetez un coup d’oeil au casting, c’est tout de même du lourd si on considère les noms d’Oguri Shun (génial!), Shirota Yu (très convaincant), Kiritani Mirei (adorable!), Yamada Yatayuki (excellent!), ou encore Katase Nana (superbe!). Par contre, ne cherchez pas à reconnaître Oguri Shun (si vous l’avez reconnu sans avoir lu son personnage au casting, vous êtes vraiment trop fort!) car il est totalement méconnaissable. Tous ces acteurs sont bourrés d’énergie et s’en donnent à coeur joie : ne pas rentrer dans leur ronde insensée devient alors difficile! Je reste un peu sceptique quant à Kento Hayashi dans le rôle principal que je n’ai pas trouvé très naturel et souple, mais difficile de se faire une place lorsque tant de personnages farfelus et acteurs déjantés mangent la plus grosse part du gâteau!

  

Scénario : A- Il ne se passe « rien » dans Arakawa Under the Bridge, en tout cas pas dans les 4 premiers épisodes que j’ai regardé. Il n’existe pas d' »intrigue » au sens propre du terme, pas de ligne conductrice, pas de début-milieu-fin mais une sorte de trou noir dans lequel se succède une série d’évènements qui viennent parfois donner des explications et des précisions, mais qui souvent ont souvent l’air « hors-sujet », ce qui, je peux le comprendre, peut rebuter. Mais curieusement, on ne s’ennuie jamais. L’humour décalé, frôlant le ridicule parfois, est lui aussi particulier, loin du clownesque que peuvent parfois nous offrir nos dramas japonais préférés (Nodame Cantabile, ou Ouran High School Host Club par exemple). Arakawa Under the Bridge peut tout aussi bien avoir un humour un peu grinçant et froid qui pourra vous faire rire un peu jaune (et qui ne sera pas au goût de tout le monde), que stupide et ouvertement cartoonesque.

Kerydwen avait souligné le côté mélancolique que pouvait prendre la série sous certains aspects ; et je suis totalement d’accord avec cette remarque. Sous ses airs de comédie fantaisiste (assumés par ailleurs) se trouve une réalité beaucoup moins glorieuse et glamour : celle des personnes sans toit, sans famille (ou presque), rejetées par la société pour une raison ou pour une autre.  On rit des personnages, on rit avec les personnages, et pourtant, on ne peut pas se débarrasser de cette impression de tristesse qui imprègne certaines scènes et situations. C’est un procédé vieux comme le monde ; en traitant des thèmes à la légère, cela permet de toucher et de sensibiliser deux fois plus (Kusturica fait souvent cela par exemple, construire un environnement apparemment loufoque mais beaucoup plus sérieux et dramatique qu’il n’en a l’air avec Papa est en voyage d’affaire, Underground, ou La Vie est un miracle entre autres).

On se laisse alors prendre doucement par leur folie, trouvant même des logiques dans leurs actions, et réévaluant la différence entre « normalité » et « rentrer dans le moule ». Si vous voulez quelque chose de palpitant ou qui bouge, Arakawa Under the Bridge n’est pas fait pour vous : malgré son côté atypique et dingue, concrètement, il ne se passe pas grand chose, et le tout dépeint simplement le quotidien (qui ma foi ne manque pas de piquant) de cette grande famille sous le pont Arakawa.

  

Verdict : Comme je le disais, Arakawa Under the Bridge est une série à la saveur très particulière qui se rapproche du « nonsense » anglais. Soit on accepte de rentrer dans le délire, soit pas. Et lorsqu’on y rentre, on sourit, parfois franchement, mais de plus en plus jaune : le drama est tellement porteur de sens sur la réalité qu’il en ressort parfois une certaine mélancolie, et un sentiment de malaise peut facilement s’installer durant le visionnage. Kô fait à peut près la même expérience qu’Alice lorsqu’elle tombe dans le terrier du Lapin Blanc : une confrontation avec un monde (apparemment) dénué de sens, peuplé de personnages plus décalés les uns que les autre avec qui il est inutile de chercher à avoir une conversation compréhensible, quelque part en l’onirisme et le réalisme (le cauchemardesque d’Alice en moins en ce qui concerne Arakawa, en tout cas pour ce que j’en ai vu).

Arakawa Under the Bridge a été une drôle d’expérience pour moi car jusqu’au bout, je ne savais pas si j’aimais cette série ou pas, cette ambiance si particulière, tellement frappée et différente de ce que j’ai l’habitude de voir. Mais vu le plaisir que je prends aujourd’hui à en parler, et le sourire qui s’accroche à mes lèvres lorsque je repense à cette bande de (pas si) fous à lier, je pense que j’ai ma réponse. Oui c’est totalement barge, oui ça ne sert à rien de vouloir comprendre ce qu’il se passe et oui, on passe un excellent moment. En définitive, la série est originale, pleine de surprises, de sourires et d’énergie. Si vous décidez de donner une chance à ce drama, donnez-moi votre opinion car je suis très curieuse de voir comment il a été reçu chez les autres!

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5 réflexions sur “Arakawa Under the Bridge – Premières Impressions : Alice au masculin?

  1. je n’ai pas lu tout ton article de peur d’être spoilé ms il me tente bien, je suis très jdrama et le burlesque ça ne me dérange pas. Moi qui cherchais 1 jdrama à voir je l’ajoute à ma liste pr cet été ^^

    • Hello Kmi-chan,
      J’espère qu’il te plaira autant qu’à moi! En plus, il est vite regardé (10 épisodes de 20 minutes, vs les 20 épisodes de 60 minutes des coréens héhé) =)
      Reviens poster ton avis, ça m’intéresse!

  2. C’est tout à fait ça, je suis effectivement persuadée qu’il n’y a pas de juste-milieu avec cette série. Soit on va être comme hypnotisé, soit au contraire on va trouver ça abominable. Je suis bien contente de voir que je ne suis pas la seule à l’avoir appréciée. C’est que je commençais à me sentir seule ;) J’espère qu’avec ton billet d’autres s’y intéresseront.

    Comme toi j’ai moins accroché à Billy, Jacqueline et Stella mais aussi à celui qui trace ses lignes. Faut dire, lui on le voit à peine. Parmi mes personnages préférés, je crois qu’il y a surtout Hoshi et Maria. Enfin, j’en sais rien, ils sont tellement tous adorables en fait :D

    Merci de la comparaison avec l’anime. Ça me conforte dans le fait qu’il faut que je le case d’ici la fin de l’année, ou tout du moins avant que le film live ne soit dispo en DVD.

    • Je pense que les gens ne s’attendent pas à ce que ce soit aussi loufoque, c’est pour ça que les réactions ne peuvent être que très fortes. Mais dès que l’on accepte la folie que nous propose le dorama, on se rend compte que cette micro-société n’est pas aussi déjantée qu’elle en a l’air.
      Et oui, Hoshi est vraiment un personnage adorable et hilarant ; mais j’ai vraiment du mal à les départager : Nino. Maria, la Soeur, P-ko sont des personnages que j’affectionne énormément.

      C’est à moi de te remercier pour m’avoir donnée envie d’y jeter un coup d’oeil =)
      Et merci de ton passage :D

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