The Hunger Games (vol 1) – Suzanne Collins

Et voici venu enfin le moment d’inaugurer la catégorie des bouquins ! C’est avec un peu de nostalgie que je commence à écrire à propos de livres, puisque tout a commencé avec mes insomnies précoces, quelques bons romans et une lampe de poche. J’allais à l’école avec de gros cernes et je n’écoutais pas les cours. J’avais déjà sauté une classe en raison du diagnostic « enfant surdouée » mais ce que racontaient les profs ne m’intéressait pas. Tout ce que je voulais c’était être tranquille sous la couette avec une dizaine de livres, et c’était impossible de m’en décoller. Ce sont les livres qui m’ont éduquée : histoire, orthographe syntaxe et grammaire, géographie, politique, culture religieuse, langues étrangères, tout est passé par là. Encore aujourd’hui je retiens avec beaucoup plus de facilité ce que je lis que les cours magistraux, qui me passent par une oreille et ressortent par l’autre.

Le genre de l’anticipation m’a toujours fascinée. J’ai adoré lire Brave New World, Farenheit 451, 1984 et d’autres et j’ai toujours pensé qu’ils avaient beaucoup à dire sur notre société actuelle et la manière dont elle pouvait évoluer si certaines découvertes technologiques et scientifiques venaient à tomber sous le contrôle d’idéologies dangereuses. C’est pour ça que lorsque The Hunger Games a commencé à faire un carton, ma curiosité a été piquée. J’essaye toujours de lire les plus gros best-sellers pour décider de moi-même s’ils méritent toute l’attention qu’on leur prodigue. J’en ai lu certains avant qu’ils ne deviennent de gros phénomènes, plus ou moins par hasard (les premiers Harry Potter, le premier Twilight) et d’autres après (Da Vinci Code, Millenium) et l’expérience s’avère plus souvent décevante que réjouissante. Où se situe le premier volume de Hunger Games ? Ce n’est pas exactement une déception, mais ce n’est pas non plus une vraie réussite. Pour résumer, il y a du potentiel, mais beaucoup de choses m’ont soit agacée soit parue sous-développées. Reprenons un peu.

NB : J’ai lu le roman dans le texte original, et du coup j’utilise les expressions et noms originels sans trop savoir comment ça a été traduit. Je n’ai pas encore vu l’adaptation cinématographique et je pense faire une petite critique si elle en vaut la peine. Les spoilers sont signalés.

Dans un futur indéterminé, Katniss Everdeen habite un quartier pauvre du District 12 de Panem, la nouvelle nation qui a émergé en Amérique du Nord après une véritable apocalypse climatique et des guerres civiles. La grande capitale, Capitol, est riche et bénéficie de technologies avancées tandis que les 13 Districts limitrophes composent une sorte de latium à la mode steam-punk, une zone industrielle et agricole beaucoup plus pauvre où les ressources naturelles sont exploitées par des habitants pratiquement réduits en esclavage et constamment surveillés. Ils fournissent à Capitol des produits bruts et manufacturés selon leur fonction. Le district de Katniss est celui des mines de charbon, où son père a perdu la vie quand elle était petite. Armée d’un arc, elle braconne avec son ami Gale dans les bois interdits pour nourrir sa mère et sa petite sœur Prim, et les forces de l’ordre la laisse faire son commerce. Il y a longtemps les districts ont mené une rébellion contre Capitol, réprimée très sévèrement. Dès lors pour rappeler aux habitants leur « crime » des jeux sont organisés tous les ans. Une fille et un garçon entre 12 et 18 ans sont choisis au hasard dans chaque district et envoyés dans une aire de combat (déserts, forêts, lacs artificiels) pour s’entretuer. Ils sont filmés 24h/24 et le « spectacle » sous forme d’une télé-réalité morbide est diffusé à tout le peuple de Panem. Les jeux se terminent lorsqu’il ne reste plus qu’un seul survivant. Lorsque la petite Prim est sélectionnée pour les jeux, Katniss se porte volontaire et part à sa place affronter les 23 autres candidats.

Même si rien des éléments que l’auteur a mêlé ne sont nouveaux (les jeunes qui doivent tuer les autres ou mourir, de l’anticipation avec une capitale riche séparée d’une zone sous-développée et appauvrie, la jeune fille qui fait office de chef de famille avec une petite sœur et une mère irresponsable) il ressort bien du livre une aura de nouveauté, et je pense que ça tient à une chose : la couverture médiatique des jeux. Capitol est une espèce de cité futuriste dotée d’un régime mêlé de totalitarisme et de ploutocratie, avec une forte tendance à la propagande et des lois pénales poussiéreuses (peine de mort pour les voleurs et dissidents, mutilation pour les traîtres). C’était bien vu d’ajouter cette nouvelle forme de divertissement : toujours plus de violence, pour un audimat assoiffé de sang. En plus de cette fascination malsaine, Il y a dans ce monde la cohabitation étrange d’une technologie avancée avec un système d’exploitation et de répression des districts archaïque. Pendant l’introduction j’étais vraiment intéressée et avide d’en savoir plus, mais j’ai vite compris que l’action allait se concentrer sur les jeux sans laisser beaucoup de place à la géopolitique.

! Attention ce paragraphe contient de gros spoilers !

Mon principal reproche au sujet du développement de l’histoire principale (le déroulement des jeux) : les choses sont beaucoup trop faciles dans l’arène, et l’auteur évite à Katniss d’avoir à prendre les choix les plus difficiles qui se seraient posés dans la réalité. Je m’explique. Les « tributes » (hommages, c’est comme ça qu’ils appellent les ados envoyés à la boucherie à Panem) doivent s’entre-tuer pour avoir un espoir de survie. Je me suis dit au début qu’il allait arriver un moment où Katniss aurait à choisir de tuer ou d’être tuée. Et elle ne choisit pas. Enfin pas vraiment. C’est plus compliqué que ça, mais c’est vraiment frustrant. Les jeunes auxquels elle s’attache un peu, Rue et Thresh du District 11, sont très opportunément tués par les « Careers », et du coup elle trouve quand même le moyen d’avoir des pulsions de vengeance (jusqu’à tuer le meurtrier de Rue) sans qu’on ne sache vraiment si elle aurait elle-même tué les deux jeunes gens à la fin du jeu si ils s’étaient retournés contre elle. La pauvre « Foxface » (ça m’a profondément agacée d’ailleurs que la jeune fille soit réduite tout le long à ce surnom dépréciatif) est tuée par accident, et tout est comme ça : on a le sentiment désagréable que l’auteur a tellement peur d’entrer dans le politiquement incorrect qu’elle préserve son héroïne en tuant les tributes sympas pour elle de manière à ce qu’elle reste irréprochable. Même son face-à-face avec Caro où elle aurait pu définitivement franchir le pas et le tuer de sang-froid (et elle est soi-disant prête à le faire) tombe à plat quand il est victime des organisateurs des jeux. D’ailleurs en parlent de ça, cette dernière arrivée des loups mutant était très étrange et complètement gratuite. C’était le gros moment WTF du bouquin où j’aurais bien aimé avoir l’auteur en face de moi pour lui demander qu’est-ce qu’elle avait en tête quand elle a écrit ça.

! Fin des gros spoilers !

Second reproche : Oh mon Dieu, le manichéisme. Il n’y a pas un bouquin genre « la subtilité pour les nuls » que je pourrais envoyer à Mrs Collins ? Voire encore une fois le raccourcis Pauvres = Gentils et Riches = Méchants était exaspérant. Et même au sein des districts c’était pareil ! Les méchants Careers Tributes (les jeunes qui s’entraînent depuis tous petits pour gagner les jeux et qui se portent volontaires) viennent forcément des premiers districts, les plus aisés, ceux qui font des bijoux et des voitures. Et les mineurs et les agriculteurs des districts 11 et 12 sont les pauvres gentils ouvriers/paysans de service qui ont un sens de l’honneur. Je croyais qu’on en avait terminés avec cette idéalisation des « braves gens » de la province ! Contre les méchants riches de la ville ! Apparemment, non. C’était vraiment ridicule, et en lisant le livre je pouvais vraiment voir les Méchants Riches mourir anonymement en accéléré sans que personne ne cille tandis que les Gentils Pauvres meurent au ralenti avec force larmes, fleurs et trompettes.

Elontirien on Deviant Art.

Et nous arrivons au troisième principal défaut du livre : les personnages. Je crois que je ne me suis attachée à personne sauf Peeta dans ce bouquin. Katniss est la caricature de l’ado traumatisée et renfermée sur elle-même sous une couche de cynisme, qui garde au fond une naïveté crasse. Ses actes sont éminemment prévisibles, et comme c’est raconté de son point de vue à elle, impossible de savoir si les personnages auraient pu nous présenter les choses autrement. C’est le genre d’histoire qui aurait largement bénéficié de multiples changements de point de vue (imaginez l’intensité des jeux si nous passions du point de vue interne d’un tribute à un autre) mais l’auteur passe à côté de cette opportunité en or pour rester sur son héroïne. Les autres sont réduits à des stéréotypes, et encore, ils ne sont souvent que des ombres sans consistance que nous voyons tomber sans émotion. L’addiction est là, le suspense est prenant, nous avons envie de savoir la suite, mais c’est vraiment dommage d’avoir laissé les personnages aussi creux. Et encore un triangle amoureux ? Vraiment ?

Curry23, via Deviantart

Au sujet du style il faut vraiment discuter de cet usage du présent de l’indicatif. J’ai été très surprise au début, je croyais que j’avais mal lu ou mal compris, mais non, c’est raconté à la première personne du singulier et au présent comme une espèce de journal de bord instantané. Je suis plutôt mitigée : d’un côté c’est très fatigant, ce bombardement de phrases courtes dotées de ce sentiment d’immanence (le livre m’est tombé des mains plusieurs fois à cause de ça) et de l’autre c’est ce qui provoque bien sûr l’addiction. C’est un peu dommage parce qu’au final ça manque énormément de recul, de profondeur, et je pense que ça aurait été plus intelligent de sacrifier le pouvoir addictif du récit pour permettre au lecteur une meilleure distanciation. Pour les gens qui s’identifient aux protagonistes c’est idéal, mais pour les autres…pas tant que ça. Ça rend esclave du récit, en étouffant dans l’œuf les possibilités d’explorer plus en avant ce nouveau monde post-apocalyptique. Et c’est là que je suis vraiment déçue, parce que c’est là qu’il y a beaucoup de potentiel.

Martina C., via The Comic King and Deviantart

Sur le fond, The Hunger Games contient des promesses alléchantes d’un monde futuriste assez fascinant, où les habitants de Capitol sont littéralement obsédés par l’apparence et surtout le « drama » qui peut résulter du spectacle. Le livre m’a agréablement surprise là où je m’y attendais le moins, avec cette  ! Spoiler ! mise en scène de l’amour entre Katniss et Peeta. ! Fin du spoiler ! Ça c’était vraiment intelligent et intéressant à suivre, plus que toutes les histoires prémâchées de pauvres enfants de mineurs condamnées à la pauvreté (pour un peu on se croirait dans Oliver Twist). C’est là que Mrs Collins fait fort : en dénonçant le voyeurisme actuel des gens devant les émissions de télé-réalité, et en posant la question de la limite de ces « jeux télévisés ». Elle pointe du doigt très pertinemment cette manière d’enfermer des « candidats », de les suivre 24h/24 en implantant des caméras partout, le tout scénarisé pour les pousser à bout et créer des «évènements » (parce que s’il ne se passe rien d’excitant, les gens s’ennuient), ces craquages émotionnels, révélations etc pour enfin laisser le pouvoir de garder ou de renvoyer un candidat aux téléspectateurs, à la manière des Romains qui laissaient au peuple le choix de lever ou de baisser le pouce pour décider du destin des perdants. C’est ça le coup de maître qui permet à Hunger Games de rejoindre les autres best-sellers : c’est un survival, et même si nous sommes les compagnons de Katniss dans l’aventure il faut bien avouer que nous devenons nous aussi spectateur du jeu morbide, impatients de découvrir quels « retournements »  il nous réserve.

Au final le problème c’est que j’ai eu l’impression qu’une limite avait été franchie (des jeunes qui s’entre-tuent) sans que ce franchissement soit assumé jusqu’au bout (Katniss n’a pas à faire de choix qui remettraient vraiment en cause son intégrité). J’ai été déçue de voir que l’auteur tient à garder son héroïne dans une zone intermédiaire sans implications véritables. J’aurais adoré voir des développements comme j’ai pu en lire dans Sa Majesté des Mouches, la référence du genre, avec d’un côté le camp des pacifistes, derniers tenants de la culture et de l’autre ceux qui cèdent au barbarisme et se livrent à la chasse à l’homme. The Hunger Games m’a plutôt donné l’impression d’un vaste jeu de cache-cache dans la forêt mou du genou avec çà et là des éclats de violence sanglante qui semblent plus tenir de l’hallucination que de la dure réalité. Cela dit ce n’est que le premier volume de la saga, et il paraît que Catching Fire est meilleur. Nous verrons bien !

…et ça m’embête de terminer sur une note aussi sévère, alors je voudrais quand même préciser une chose : The Hunger Games est quand même puissant, et plein de bonnes idées. Et la romance va me faire revenir pour en voir plus (je suis faible). Pour de la littérature tout court c’est pauvre, mais pour de la littérature YA (Young Adult) c’est exceptionnel. Pas entièrement satisfaisant, mais définitivement intrigant et stimulant.

PS : Oui je suis de retour plus tôt que prévu ! J’ai bien avancé dans mes révisions et je peux me permettre cet écart. J’ai eu l’occasion de lire et de regarder d’autres choses, du coup mes articles devraient se diversifier avant l’arrivée des gros projets prévus fin mai.

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