Kekkon Dekinai Otoko (Review)

Kekkon Dekainai Otoko a eu beaucoup de succès à sa sortie. Et on comprend pourquoi. Ce drama est hilarant.  Kekkon Dekinai Otoko est facilement une des meilleures comédies japonaises que j’ai vues jusqu’ici (et comment ça se fait que je ne le découvre qu’aujourd’hui??), et rentre avec un naturel déconcertant dans mon top des dramas japonais. Mais qu’est-ce qui rend ce drama si génial? 

L’histoire? Shinsuke Kuwano (Abe Hiroshi) est un architecte talentueux, menant une vie paisible, mais qui, à quarante ans, n’est toujours pas marié. Est-ce qu’il ne peut pas, comme le titre le suggère?Il serait plus exact de dire qu’il ne le veut pas. Parce que plus misanthrope et condescendant que Shinsuke, on ne peut pas trouver. Il ne rentre en contact avec les gens que contraint et forcé. L’apparition de deux femmes particulièrement bruyantes et agaçantes (selon lui), Natsumi Hayasaka (Yui Natsukawa), doctoresse, et Michiru Tamura (Ryoko Kuninaka), sa voisine, à la suite de circonstances fâcheuses (pour lui), ressemble à une bourrasque qui vient détruire tout le calme de sa vie. Il va sans dire que Shinsuke les évite comme la peste, mais, et à son plus grand malheur, il ne va cesser d’être sollicité par elles (ou de les solliciter, d’ailleurs).

  

Review : Pour commencer, les personnages sont tous génialement comiques et attachants. Shinsuke en premier certes, mais les autres ne sont certainement pas en reste, que ce soit Eiji l’adorable et compréhensif assistant, Natsumi la médecin au caractère bien trempé, Michiru la jolie fille d’à côté, Maya la manager qui partage une complicité évidente avec Shinsuke, la mère de notre drôle d’animal complètement extravertie et sans-gêne, Kaneda, l’architecte célèbre qui a l’air d’un figurant (et d’un monumental hors-sujet), ou Ken, le chien de Michiru. Kekkon Dekinai Otoko présente une galerie de personnages auxquels on peut tous s’identifier jusqu’à un certain degré car ils sont extrêmement humains (oui, oui, on s’identifie même à Shinsuke, je vous jure). Shinsuke est clairement l’anti-héros, le gars vraiment antipathique, maniaque (voire obsessionnel) et socialement handicapé. Il faut admettre qu’il est un peu flippant quand même, à être aussi tatillon et psychorigide. Et puis, non seulement il est une petite fée du logis parfaite, mais en plus, il semble savoir tout sur tout (ce genre de personne qu’on évite tous dans la vraie vie tellement c’est agaçant n’est-ce pas?), du moment que ça ne touche pas les relations sociales, de la composition des feux d’artifice, à la manière de pêcher un poisson rouge pendant les fêtes foraines ou comment faire un noeud de cravate (héhé).

Il vit complètement déconnecté de la réalité, ne veut pas nécessairement blesser personne, mais finit toujours par le faire, peu importe comment il s’y prend ; il est juste nul en relations humaines. J’ai toujours cru que j’étais misanthrope, et lorsque j’ai vu Kekkon Dekinai Otoko, j’ai révisé le jugement sur moi-même : à côté de Shinsuke, personne ne peut être considéré comme misanthrope. Il aime manger seul, regarder des films seul, rester seul dans son appartement (et ne jamais laisser personne y entrer même si c’est une question de vie et de mort – non, je n’exagère pas), déteste les fleurs, les chiens et les gens en général, passe son temps à manger de la viande, à boire du lait, et à louer des films au vidéoclub du quartier et surtout….ne voit pas où est le problème là-dedans. Il a un goût vestimentaire plus que douteux (ce qui est tout bonnement hilarant) et une capacité à répéter les mêmes gestes chaque jour sans se lasser ou trouver ça monotone ; pire : il aime ça. Les différentes critiques sur son mode de vie de la part de ses proches (enfin, les gens qui sont géographiquement autour de lui, on s’est compris) le laissent indifférent ou plutôt le surprennent car selon lui, la façon dont il vit sa vie est non seulement normale, mais parfaite. Sauf qu’un tsunami se prépare, et il se retrouve constamment entraîné dans des situations qu’il déteste et qu’il évitait de son mieux jusqu’à ce qu’il rencontre sa voisine extravertie et cette médecin quelque peu envahissante. Et voir ces deux femmes bousculer à leur manière ses habitudes est un réel délice.

 – Non, Hiroshi, retire ça tout de suite!

Michiru, la jeune et jolie voisine est pétillante et pleine de vie. Elle a un chien absolument laid, mais on finit par s’y attacher (et à ne plus trouver bizarre sa passion pour les concombres), d’autant plus qu’il a un rôle très important dans la série, dans la mesure où c’est le premier ami que Shinsuke se fait. Michiru, comme n’importe quelle autre jeune fille, regarde d’un oeil suspicieux le drôle d’oiseau qui habite à côté de chez elle. Très sociable, elle aime se faire des amis et sortir en groupe ; en soi, elle est tout ce que Shinsuke n’est pas. Donc forcément, la relation est explosive.

Mais même lorsque Shinsuke rencontre quelqu’un qui lui ressemble, en l’occurrence la très mignonne et charismatique Natsumi, la relation qu’il noue avec cette personne ne peut qu’être explosive car il ne sait pas comment gérer les autres autrement. Mais Natsumi est beaucoup plus tolérante, et patiente. Elle a beaucoup de répartie également et répond sans ciller à toutes les remarques désobligeantes que Shinsuke lui fait. La première rencontre ne se passe pas bien, bien sûr, comme pourrait-il en être autrement. Mais contre toute attente, Shinsuke voit en elle une source de réconfort et de soutien suffisamment important pour trouver le moyen d’aller l’ennuyer à son cabinet quasiment tous les jours : dès qu’il a un problème, qu’il est stressé ou qu’il se pose une question, il va à l’hôpital où elle travaille, prétextant un mal de ventre. Tout ça de manière extrêmement naturelle, sans jamais se poser la question de pourquoi il va tout le temps la voir pour finir par se disputer avec elle. Et avouons-le : c’est mignon.

Toutes les scènes entre ces deux-là sont tordantes, et il y a une très belle dynamique entre les acteurs (ils avaient déjà joué ensemble dans le film Still Walking, de Kore-Eda). Natsumi est un personnage super attachant, et l’actrice a énormément de charme. Elle est drôle, belle mais souffre également de sa solitude et du fait qu’elle approche les 40 ans sans être mariée. Elle affecte un air détaché, mais en réalité, cela la touche beaucoup plus qu’elle ne le voudrait. Elle trouvera en Michiru une amie inattendue, et toutes les deux passeront leur temps à parler de Shinsuke et de son attitude trop bizarre.

Les scènes où elles tombent par hasard sur lui pendant qu’il fait ses trucs (genre : choisir un chapeau immonde, manger au barbecue tout seul et manifestement aimer ça, pêcher un poisson lors d’un festival etc) et où elles essayent de percer le mystère Shinsuke Kuwano sont à mourir de rire. Finalement, tout l’entourage de Shinsuke finit par se rencontrer, devenir plus ou moins amis entre eux et leur sujet de discussion favori est immanquablement l’incompréhension devant laquelle ils se trouvent en face de lui.

– Les deux premières rencontres Natsumi/Shinsuke : lol.

Dire que Shinsuke est mon homme idéal serait peut-être (en fait, totalement) exagéré, mais il y a quelque chose dans ce personnage qui m’a fait presque immédiatement tomber amoureuse de lui (non, non, la présence d’Abe Hiroshi n’a pas tout déterminé, ce n’est pas vrai!). Sérieusement, je l’adore, précisément parce qu’il est cynique, ironique (voire totalement mesquin) et pince-sans-rire. Bon, d’accord, il faut admettre que le choix d’Abe Hiroshi est inévitablement un plus parce que j’ai un gros, très gros faible pour lui. On peut facilement le comparer à Dr House, de par son inflexibilité et sa marginalité doublées d’un grand talent pour sa discipline (Dr House est un grand médecin, Shinsuke est un architecte hors-pair).

Cela dit, je ne pense pas que la comparaison soit si pertinente que cela, parce-qu’il y a quelque chose dans Shinsuke qui n’est pas simplement de l’ordre de la misanthropie et du cynisme pur. Il est certain que c’est un grand solitaire : le moins il interagit avec les gens, le mieux il se porte ; cependant, son plus grand problème, c’est la communication. Comme il ne sait pas communiquer avec les autres, il déteste le faire. Et ne pas aimer faire ce à quoi on n’est pas à l’aise ou ce à quoi on est carrément mauvais, c’est très humain finalement non? Je détestais les maths quand j’étais plus jeune, pas parce que je trouvais ça objectivement soporifique (en plus, il me semble que ça m’intéressait), mais parce que j’étais subjectivement (et objectivement) nulle. D’où la haine (et la rancune) envers cette matière. Mais revenons-en à notre sujet : Shinsuke (tout comme moi qui aurait aimé être bonne en maths) aimerait bien pourtant qu’on fasse attention à lui et qu’on devienne ami avec lui, sauf qu’il s’y prend tellement mal qu’il se fait claquer la porte au nez tout le temps (surtout aux premiers épisodes) ; et pour être honnête, j’aurais très certainement claqué ma porte à son nez également tellement c’est une peau de vache, haha.

Donc Shinsuke ne sait pas communiquer, ne sait pas faire un dialogue (je veux dire par là, faire un échange d’informations et non juste un échange de vacheries, parce que ça, il sait le faire, faites-lui confiance) sans finir par vexer l’autre personne ; et le pire, c’est qu’il ne s’en rend en général pas compte tellement le monde et lui ça fait 4. On pourrait croire que c’est pathétique, mais en fait, c’est hilarant. Bien sûr, des fois il dépasse carrément les bornes – mais jamais le drama ne se met de son côté lorsqu’il le fait -, et il y a aussi des fois où quand même, on le plaint. Shinsuke nous semble trop aimer la solitude pour être honnête, et que quelque part, on sait qu’il aimerait pouvoir mieux interagir avec les autres. Cela étant dit, le drama ne rend jamais le personnage pathétique mais, au contraire, de plus en plus attachant. Parce que notre Shinsuke n’est pas quelqu’un qui se morfond sur ses problèmes, et ne se remet jamais (ou presque) en question ; ce qui évite un certain nombre de scènes mélo qui cherchent à forcer notre sympathie pour le héros. Mais au gré des épisodes, notre héros change, imperceptiblement. Il s’assouplit un (tout) petit peu, et se retrouve à s’intéresser de plus en plus à la situation des gens qui l’entourent. Il s’humanise, sa capacité à supporter l’Autre et à comprendre comment fonctionne les relations sociales s’améliore. Bon, attention, il faut pas non plus penser qu’il finit par être normal – jusqu’au bout notre personnage est maladroit, irrévérencieux et difficile à comprendre, et c’est tant mieux!

Pour sa défense, il faut souligner également que Shinsuke n’a pas que des défauts : d’abord, c’est un homme hyper investi dans son travail, perfectionniste et éthique (et ça force toujours le respect), ensuite il est franc et honnête (ce qui n’est pas l’apanage de tous les habitants sur Terre, vous en conviendrez)- bien que cette qualité peut très vite devenir un défaut lorsqu’on ne connaît pas le mot « tact » et « civisme ». Or, Shinsuke dit absolument tout ce qu’il pense lorsqu’il le pense, avec une sincérité déstabilisante ; comptez sur lui pour mettre les deux pieds dans le plat à chaque fois, et plutôt deux fois qu’une. Je suppose que c’est son charme, mais aussi l’un de ses plus gros défauts. Au moins, on ne peut pas lui reprocher d’être hypocrite et de manquer de sincérité puisque lorsqu’il fait quelque chose, c’est parce qu’il veut sincèrement bien le faire même s’il grogne aux premiers abords : prêter de l’argent, aller s’excuser ou aider sa voisine lorsqu’elle a des problèmes. Shinsuke, c’est quelqu’un avec qui on a du mal à s’entendre, quelqu’un de difficile à gérer, mais quelqu’un de profondément vrai. Même si cela n’est évident pour personne, à commencer par lui-même, il a une réelle affection pour ses collègues de travail, et il est très plaisant de voir que ce sentiment est partagé. Eiji et Maya passent leur temps à le critiquer et à se plaindre de son attitude peu accommodante, mais en réalité, ils ont un profond respect et une profonde affection pour ce personnage un peu (beaucoup) excentrique.

  

Bon, maintenant que j’ai fait ma dissertation sur le personnage, il me reste encore à aborder la question du sujet/scénario du drama. Alors oui, sur toile de fond, Kekkon Dekinai Otoko est une histoire d’amour qui n’a rien de révolutionnaire, mais j’aime le fait que ce ne soit pas une énième romance pleine de romantisme et de clichés sucrés (à cause en partie du principal concerné qui ne court pas les dramas) et que celle-ci soit (presque) reléguée au plan secondaire. Non pas que je n’aime pas les histoires d’amour – au contraire -, mais le changement qu’opère Kekkon Dekinai Otoko à l’égard des comédies romantiques est très rafraichissant. La romance est légère, n’alourdit jamais le scénario et surtout, ne se prend jamais au sérieux. Rien de pire qu’un drama qui se veut drôle et enjouée qui finit par se coincer dans la glu du sérieux et du mélo: moi dans ces cas-là, j’ai l’impression d’avoir été trompée sur la marchandise, et c’est désagréable. Or dans ce drama, la romance ne prend jamais toute la place, et conserve toujours un balancement comique pour désamorcer le sérieux. Sans être pourtant juste une amourette de lycée, elle n’est pas présentée non plus comme le Grand Amour. Elle vise un point beaucoup plus modeste, mais tout aussi honorable : l’amour tout court. Pas besoin d’en faire des tonnes, pas besoin de la transformer en amour pur et absolu pour la rendre intéressante à suivre. Et bon, un peu de légèreté dans ce monde de balourds, ça fait du bien. Donc ceux qui attendent des effusions de sentiments, des confessions larmoyantes, des je t’aime-moi non plus, passent leur chemin car là n’est pas le propos de la série.

La question est plutôt axée autour du mariage (comme le titre du drama l’indique), plutôt que la quête de l’âme soeur (elle vient avec la question du mariage cependant), pas seulement en ce qui concerne Shinsuke, mais également tous les autres personnages qui gravitent autour de lui. Chaque personnage porte une vision ou une attitude vis-à-vis du mariage, et montre ainsi le poids de cette institution dans la société japonaise:

– Shinsuke, le célibataire endurci qui pourrait se marier s’il faisait un petit effort mais qui ne veut pas le faire (mais qui veut bien tomber amoureux, l’un n’est pas relatif à l’autre) qui se fait harceler par sa mère qui veut absolument qu’il se marie (d’ailleurs cette mère est elle aussi très drôle),
– Natsumi qui refuse de se marier avec un homme dont elle n’est pas amoureuse (bien qu’elle ne soit pas contre le mariage, en soi) et qui subit les omiai (rendez-vous arrangés en vue d’un mariage) par pression sociale,
– Michiru, fleur bleue, qui, dans toute sa jeunesse naïve idéalise le mariage et se cherche un mari,
– la soeur de Shinsuke, le seul personnage marié de la série, et mère d’une petite fille, dont le mariage ne fait tant envie que ça (son mari la trompe tout le temps),
– Et Eiji dont le mariage est sincèrement le cadet de ses soucis, au grand dam de sa petite amie.

La trame de fond serait : pourquoi (pour quoi) se marie-t-on?  Et même, pour qui? Pour faire plaisir à ses parents? Pour se conformer aux attentes sociales? Qu’y-t-il de si important dans le mariage? Est-il là pour combattre et éradiquer la solitude? Mais sommes-nous réellement moins seuls une fois mariés?  Est-ce pour éviter de faire les tâches ménagères (lorsqu’on est un homme)?  Dans ce cas-là Shinsuke a une réponse toute faite : autant embaucher une femme de ménage. Ben oui, réaliste le bonhomme.

Donc, plutôt que d’amour, le drama traite la question des relations sociales (qui incluent l’amour bien évidemment), des liens que les individus finissent par tisser, par envie ou (surtout) par accident. Cela dit, il ne faut pas croire que Kekkon Dekinai Otoko est un drama à thèse. Le but premier reste le divertissement, ce n’est que très légèrement et subtilement que la série délivre ses messages. Chaque épisode se présente comme une espèce de tableau, vaguement relié au précédent et au suivant, comme des sketchs indépendants : on règle une question à la fois, et il ne semble pas y avoir de progression ou même d’histoire en soi. On suit le quotidien d’un certain nombre de personnages, leurs hauts, leurs bas, leur progression dans leur quête du bonheur. Et grâce à cette galerie de personnages hauts en couleur, Shinsuke en tête, cette structure basée sur le comique de situations et de répétitions, cette ambiance un peu déjantée (ou tout du moins atypique), ce choix d’humour pince-sans rire très particulier, Kekkon Dekinai Otoko est une véritable réussite. J’ai commencé la série avec un sourire, et c’est avec ce même sourire (qui m’a accompagnée tout au long de ces douze épisodes) que je la quitte, ô combien satisfaite et repue.

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