Sunny

« Oh, the dark days are done, and the bright days are here,
My sunny one shines so sincere,
Oh, Sunny one so true, I love you. »

(Sunny, Bobby Hebb)

Sunny a confirmé définitivement l’une de mes convictions : les meilleurs chicks flicks sont ceux sur l’amitié. Cette année le genre du film de copines (buddy-movie au féminin ?) a tenté une percée avec My Black Minidress, nauséabond et ennuyeux (un jour je finirais cet article dédié au film, histoire d’avoir tenu jusqu’au bout pour quelque chose) et Sunny a apporté sa contribution, avec une approche différente et surtout beaucoup plus de succès, se plaçant à la 11ème place du classement des plus grosses ventes de tickets. Minidress est long, superficiel, ennuyeux, prétentieux, froid et mal joué, et Sunny c’est l’exact inverse : pétillant, dynamique, un casting porté par la grâce, parfois un peu brouillon et maladroit mais chargé à bloc d’une énergie communicative. Son scénario est son talon d’Achille, et l’empêche d’être plus qu’un excellent chick flick. Néanmoins malgré les limites de son propre genre et sa candeur naïve, le film parvient à toucher un sentiment universel qui transcende les âges, les sexes, les cultures.

Im Na Mi, une jeune lycéenne originaire de la province de Jeolla est transférée après son déménagement dans une école pour jeunes filles de Séoul. Traitée avec brusquerie et agressivité dès son premier jour, ce nouveau cadre scolaire ne lui réserve pas un accueil rassurant mais la meneuse Ha Chun Hwa la prend sous son aile et l’intègre à sa bande. Un peu hésitante, Na Mi finit par surprendre les autres en effrayant le gang des caïds ennemies par une imitation bluffante de sa grand-mère délirante (la génialissime Kim Young Ok, dans un caméo d’anthologie). A partir de là, elles prennent le nom de groupe « Sunny », toutes pour une et une pour toutes. Mais il reste à conquérir Su Jin, la beauté du lycée, membre distante, fascinante et arrogante.

25 ans plus tard Na Mi est une femme au foyer sans histoire, parfois un peu solitaire entre un mari aisé mais souvent absent et sa fille en pleine crise d’adolescence. En rendant visite à sa mère à l’hôpital, elle retrouve une vielle amie. Ha Chun Hwa est en train de mourir d’un cancer, et n’a pas de famille pour la soutenir. Elle et Na Mi décident de retrouver leurs amies une à une, pour renouer les liens du passé.

Dans la lignée de bon nombres de films Sud-Coréens, Sunny est chargé d’émotion. Sa grande réussite est d’avoir su combiner adroitement espoir et nostalgie, mélancolie et joie de vivre. On regarde le film dans une attitude extatique entre le sourire et les larmes, résultat fragile que peu de films sont capables de produire. Sunny doit les trois-quarts de cette énergie et de cette réussite à son réalisateur, et à ses acteurs. Si l’histoire a nombre de lacunes, l’ambiance est tellement réjouissante qu’on oublie rapidement que certains personnages manquent de profondeur, que les problèmes des uns et des autres sont réglés un peu trop facilement.

C’est le réalisateur Kang Hyung Chul qui est derrière la caméra. Je pense que son nouveau film est supérieur à son premier, Speedy Scandal (qui avait remporté lui aussi un large succès populaire). Speedy Scandal avait également une ambiance chaleureuse et une histoire un peu trop simplette, mais Sunny met en scène des personnages encore plus forts, encore plus attachants. Je pense que Kang Hyung Chul a le potentiel d’un grand réalisateur, à condition de s’allier avec un bon scénariste. Des génies comme Kim Ki Duk, Im Kwon Taek ou Park Chan Wook portent les deux casquettes naturellement, mais ce n’est pas donné à tout le monde.

Le long-métrage dure bien deux heures, et elles passent très vite. C’est construit assez habilement pour que les transitions entre 2010 (l’année du tournage) et 1985 (l’année où Na Mi arrive à Seoul) se fassent naturellement, parfois poétiquement. Le scénario se débrouille pour éviter certains écueils : le premier amour de Na Mi est très bien traité, avec humour et sensibilité, il n’y a pas de longueurs, les écarts de statuts des femmes que les membres de Sunny sont devenues n’est pas enrobé d’un pathos trop lourd. J’aurais été déçue par une seconde partie qui aurait enclenché le « full on pathos mode »  typiquement Coréen, mais de façon surprenante le film conserve sa bonne humeur jusqu’au bout, et sait exactement comment doser les petites touches d’amertume et de tension.

Sur le fond, je reprocherai surtout au scénario ce qu’il fait de Su Jin/Min Hyo Rin. C’est le personnage le plus intéressant du groupe. J’apprécie que son attitude ne soit pas expliquée par A+B et qu’une aura de mystère continue de l’enrober, mais j’aurais apprécié qu’elle soit plus au centre de l’attention. Na Mi est adorable, elle est très bien jouée par la jeune prodige Shim Eun Kyung, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver un peu vaine et j’aurais préféré plus de subtilité et de profondeur. Min Hyo Rin est encore une fois d’un charisme sans égal, qui compenses son manque d’expérience. Elle offre un contraste intéressant avec une Shim Eun Kyung encore en pleine croissance, et débordante de talent. L’amitié de leurs personnage est l’élément crucial qui vient apporter la touche d’humanité et de subtilité qui aurait manqué en son absence.

Le troisième personnage central est bien sûr Ha Chun Hwa (Kang So Ra/Jin Hee Kyung), la battante.Elle prend une place de mère par rapport aux autres et ne laisse jamais voir ses propres faiblesses. C’est paradoxalement le personnage que nous connaissons le moins, et encore une fois il y aurait eu à creuser pour lui apporter une dimension moins symbolique et plus réelle. Les quatre autres filles sont plus en retrait et elles apportent chacune une jolie touche d’humour et d’émotion. Le piège dans lequel le film aurait pu tomber était celui de la caricature à la Grease, mais heureusement même si chacune a un trait de caractère dominant, aucune n’est enfermée dans un stéréotype. Ce sont au fond des jeunes filles charmantes auxquelles on peut facilement s’identifier, qui passent par tous les émois par lesquels nous passons au lycée. Si ils avaient poussé l’humour, la satyre et la violence plus loin, le film aurait pu dégénérer en cauchemar (*hum* Marrying the Mafia *hum*) mais l’équilibre est maintenu.

Fidèle à son objectif affiché, Sunny est un beau film sur l’amitié. J’avais pensé qu’ils profiteraient de la reconstitution des années 80 pour y aller à fond dans le kitsch à la Hairspray. Au contraire, ils n’utilisent pas du tout les tendances de l’époque comme un simple gimmick, prétexte à toute les extravagances, mais plutôt comme une référence réconfortante à un monde plus coloré (le contraste entre la liberté vestimentaire de l’époque et les sombre uniformes actuels est particulièrement frappant). Loin d’en rester là, le film crée de nombreux parallèles avec le présent et montre qu’au fond, les jeunes filles n’ont pas changées. Il y a toujours les caïds, les délinquantes, les solitaires, et les groupes de filles radieuses qui rient aux éclats et que rien ne semble pouvoir démonter. A la fois générationnel et de portée universelle, Sunny rend un bel hommage à la jeunesse et aux liens indéfectibles de l’amitié. Je vous le conseille de tout cœur pour les jours de pluie…

Trailer

12 réflexions sur “Sunny

  1. salut Mina!
    J’ai beaucoup aimé lire ton article.Je pense comme toi:le film est très bon mais aurait pu être excellent .Moi aussi ,j’aurais voulu en savoir plus sur la chef comme pourquoi elle avait accepté Na Mi.C’était immédiat car elles mangent toutes ensemble après s’être présentées.
    Après l’avoir regardé ,je me suis aussi dit que j’aurais voulu une histoire plus nuancée.Tu as choisi ton prochain film?

    • Il y en a plein que je veux absolument voir ! J’attends la traduction d’Arrow, mais en attendant je veux regarder Suicide Forecast (Ryoo Seung Bom !) et The Unjust (j’en entend tellement parler…). J’ai vu Poongsan Dog, mais je ne sais pas si j’arriverais à écrire quelque chose de satisfaisant dessus. Entre temps j’ai essayé The Rules of Dating qui m’a suprêmement ennuyée, et il me reste l’article sur My Black Minidress a terminer…c’est là que j’aimerais avoir la bulle spatio-temporelle de San Goku.

  2. J’ai vu le film hier et je suis assez d’accord avec toi. Il y a quelques lacunes dans le scénario mais dans l’ensemble il est très sympa à regarder :) Même si à la fin quelques larmes ont coulées, ce film donne la patate et le sourire ^^

    • Exactement ! On ne peut s’empêcher d’être un peu gêné de temps en temps par des facilités, des raccourcis, mais c’est une déclaration d’amour à cette jeunesse rayonnante tellement sincère qu’elle touche droit au but.

  3. Je viens de voir dans un commentaire plus haut que tu attends la traduction d’Arrow. J’attends moi aussi les sous-titres avec impatience pour le regarder et peut-être le traduire. Tu ne saurais pas si une team anglaise a annoncé qu’elle ferait la traduction par hasard? Je n’y connais pas grand chose en K-Movies. J’ai mes sites repères pour les K-Dramas mais pour les films je suis perdue. Je viens de passer une demi-heure à faire des recherches pour voir si le dvd était sorti parce que j’aimerais bien l’acheter mais je ne trouve rien de rien.

    Sunny m’aurait bien tentée mais quand j’ai lu le passage sur la femme se mourant d’un cancer, je me suis dit que ce n’était peut-être pas pour moi. C’est un sujet que je n’aime pas voir à l’écran car trop proche de ce que je vois autour de moi.

    • Hello ^^)/
      Il n’y a pas vraiment de teams pour les films, on trouve les sous-titres directement sur MyAC ou d’autres sites généraux (Arrow est dispo mais pas encore les sous-titres, il faut attendre encore un peu). Par contre il faudra vérifier si les droits de diffusion en France n’ont pas été achetés par Wild Side ou une autre boîte : c’est un blockbuster, il a été présenté à un festival à Londres et il a des chances de sortir en France comme The Good, The Bad and The Weird.

      Pour Sunny…la maladie de Chun Hwa n’est pas du tout au centre du film, c’est traité avec beaucoup de délicatesse et de discrétion, sans pathos. Mais c’est tout de même très présent et inéluctable, et je comprend que ça puisse être insupportable à voir dans une fiction quand ça nous touche directement (j’évite moi-même certains sujets qui résonnent trop avec des choses qui peuvent me faire souffrir).

      • Merci! MyAC c’est à peu près le seul site que je connais pour trouver des films^^ Je vais mettre la page du film en favori et la checker régulièrement. Là je suis en train de récupérer le fichier RAW 720p. Je comptais aussi acheter le dvd (le blu-ray plutôt d’ailleurs) si le film me plaît et que je décide de le traduire. Pour les films à gros succès, j’ai toujours vu des sous-titres anglais sur les dvds qui sortent en Corée. Si le dvd avait déjà été dispo, ça m’aurait arrangé comme ça j’aurais pu commander et faire une traduction avec. Je vais tenter de faire un copier-coller du titre en hangeul pour faire une recherche sur innolife ou yes24.

        Je ne sais pas trop comment m’y prendre pour vérifier si les droits ont été achetés ou pas. Si c’est le cas, j’imagine que le film ne sortira pas avant quelques mois non? Au pire, je pourrais rendre les softsubs disponibles pour une durée limitée, style « cadeau de Noël 2011 » si les sous-titres arrivent à temps.

        Je vais quand même réfléchir pour Sunny. J’imagine que le thème n’est pas aussi central que dans le drama Scent of a Woman que j’ai évité comme la peste (même si je sais que la fin n’est pas si triste que ça au final). A voir.

  4. Pour ma part je viens de voir le film, et mes émotions sont toutes mélangées^^

    J’avais pas regarder le casting avant de lancer le film et j’ai été vraiment ravie de retrouver ma petite sujini /Shim Eun Kyung (oui je l’appelle par le nom de son perso dans The Legend car c’est la que je l’ai découvert) et puis tout le reste du casting est aussi très bien^^

    Il est vrai que il y a certain personnages qui ne sont pas trop décrit, mais je trouve que le film laisse plus de place, à l’émotion, car tout les portraits sont délicatement dressés.
    Mais l’ensemble du film donne le pesp, et les histoires d’amitiés c’est vraiment super^^

    • Moi c’est la première fois que je vois jouer Shim Eun Kyung, et j’ai été bluffée même si je savais qu’elle a déjà la réputation d’une jeune prodige. Particulièrement lors de la scène où elle imite sa grand-mère, c’était impressionnant pour une actrice aussi jeune.

  5. Juste un petit message pour te dire que les sous-titres anglais de War of the Arrows sont sortis. Par contre, j’ai traduit le film et là je suis en train de faire le check sur vidéo mais je me rends compte que je devais avoir fumé quelque chose l’autre jour. Il y a pas mal de harnachements classiques en fait. Ils ont juste un peu « décoré » les harnachements des chevaux des personnages principaux. Par contre, la caméra ne s’attarde pas dessus et on ne voit presque rien donc ça ne fait pas aussi mal aux yeux que dans les dramas^^

    • Super merci pour l’info >_< Je vais l'ajouter à mon programme (j'ai trop envie de revoir Moon Chae Won) et le regarder quand j'en aurais terminé avec Suicide Forecast et The Unjust !

      • De rien! Par contre Moon Chae Won n’est pas très présente dans le film je trouve. J’ai l’impression d’avoir été trop gâtée par les (bons) dramas qui peuvent prendre le temps de bien développer les personnages, même les secondaires. Je suis rarement satisfaite quand je regarde des films maintenant. Ils me paraissent trop courts et trop peu développés.

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