The Empress : Premières Impressions

Un papillon tombé dans un marécage. Jolie métaphore pour commencer un drama sur l' »hôtesse la plus courtisée de Corée du Sud ». The Empress est beaucoup moins subtil que je l’avais espéré, mais si on m’avait dit que c’était l’histoire de Kim Shin (Story of a Man) au féminin, j’aurais foncé plus vite pour le regarder. Et il y a un Beau Brun Ténébreux.

Notes : Je regarde le drama sur My Soju, et j’ai fait avec les moyens du bord pour les images. D’autre part j’ai écrit au fil des premiers épisodes un résumé étendu et si vous voulez préserver la surprise, zappez les cinq premiers paragraphes.

Les premières scènes nous font découvrir notre future grande courtisane des temps modernes, Seo In Hwa (Jang Shin Young), alors qu’elle est encore une jeune étudiante en art naïve et optimiste. Son petit-ami, Park Hyung Il (Phillip Choi), plaît beaucoup et malgré sa relative froideur il ne peut s’empêcher d’être un peu volage. Les choses commencent à déraper pour In Hwa le soir où l’un des ses professeur commence à lui faire du harcèlement sexuel, lui suggérant de céder à ses avances en échange d’un favoritisme. Hyung Il est témoins de la scène mais affirme n’avoir rien vu au poste de police, craignant que l’influent professeur n’entrave sa future carrière de procureur. Le vieux pervers ébruite l’affaire en inversant les rôles pour discréditer In Hwa, qui se retrouve au centre de l’attention malveillante de l’université.

L’affaire prend des proportions de plus en plus graves et cauchemardesques lorsque Choi Yoo Mi (Jun Se Hong) qui a mis son dévolu sur Hyung Il utilise l’influence de son propre père pour faire exclure In Hwa de l’université. La jeune femme ne veut pas impliquer sa mère, déjà très occupée avec ses problèmes financiers mais décide tout de même de la rejoindre et prend un peu de bon temps avec des amies de longue date, de sympathiques hôtesses de l’un de ces bars-salons de province que vous avez pu croiser dans Flower for my Life, Will It Snow For Christmas ou encore Giant. La mère d’In Hwa gère le business, mais bientôt les problèmes resurgissent : victimes de la corruption qui ronge les affaires immobilières, elle et d’autres commerçantes locataires de leurs locaux se voient menacées d’expulsion par la pègre locale embauchée par le groupe Chung Sung qui tire les ficelles.

Mais tout les hommes de mains du gang ne sont pas des brutes sans cœur. Nous faisons connaissance avec notre Beau Brun Ténébreux, Jung Hyuk (Kang Ji Sub), fils de gangster et sans emploi, amoureux d’In Hwa au premier regard. Lorsque les locataires se réunissent pour protester une dernière fois sur leurs locaux menacés, l’opération de résistance tourne mal et une incendie éclate. La mère d’In Hwa est prise au piège et ce n’est que grâce à l’intervention de Jung Hyuk, embauché dans le camp des nouveaux propriétaires bon gré mal gré qu’elle parvient à sortir des flammes, gravement blessée.

Le cauchemar continue lorsque les constructeurs, dépendants du groupe Chung Sung pour lequel travaille Hyung Il (c’est le fils du président) assignent les locataires expulsés en dédommagement des frais de délai de chantier. Les biens d’In Hwa et de sa mère sont saisis, son compte bloqué. Elle emprunte à la pègre de quoi payer les frais d’hôpitaux, mais sa mère décède au cours de l’opération. L’affaire fait scandale dans la presse et l’un des associés du groupe envisage de retourner la situation à son avantage en se rendant sur place pour faire quelques visites et dédommagements, histoire de redorer son image pour les prochaines élections. Il est reçu par une In Hwa déchaînée, qui finit par débarquer avec un bidon d’essence et un briquet dans le bar à champagne où le président, son associé et Hyung Il se détendent, menaçant de mettre le feu à la salle. Jung Hyuk la retient de force, et In Hwa rentre chez elle désespérée et prête à en finir avec la vie. Encore une fois Jung Hyuk intervient. Le président de Chung Sung entend bien lui faire payer sa révolte, et envoie des hommes l’enlever. Sans argent pour rembourser sa dette, elle est vendue à une maquerelle dans un bar de province. Lorsque le menu fretin veut « profiter de la marchandise », Jung Hyuk débarque furieux et sauve In Hwa d’un viol imminent. Il est encore une fois poursuivi par les hommes de mains des mafieux qui tiennent le bar, et le roi de la pègre locale intervient pour mettre fin aux affrontements. Il a du respect pour le père de Jung Hyuk, même si ce dernier refuse de suivre ses traces pour finir comme lui, mort poignardé au cours d’une rixe. In Hwa bénéficie de certains égards puisqu’elle est protégée par le fils d’un ancien chef de gang.

Mais malgré toute l’influence du nom de son père, Jung Hyuk ne peut sortir In Hwa du piège dans lequel elle est tombée. Il décide de travailler pour la pègre malgré ses convictions afin de racheter sa dette. De son côté In Hwa a la chance de croiser le chemin du président Gong, un homme influent qui effraie régulièrement les hôtesses en les soumettant à un petit jeu morbide. In Hwa est intriguée et rencontre le président. Témoin de sa révolte et de sa franchise, il est séduit et lui propose de racheter sa dette si elle devient sa favorite. In Hwa se rétracte au dernier moment et refuse de coucher avec lui. Le président Gong a gagné son pari, et il présente In Hwa à la femme qui avait parié qu’elle ne résisterai pas. Ce n’est autre que la gérante du salon à hôtesses le plus prisé de Corée du Sud, régulièrement visité par des politiciens. Les grandes décisions y sont souvent prises. In Hwa découvre entre temps qu’elle est la fille abandonnée d’un sénateur et que sa mère était autrefois l’hôtesse N°1 de ce fameux salon. Devinant le drame qui s’y est joué, elle décide de prendre sa revanche sur les hommes qui ont détruit la vie de sa mère et la sienne en devenant l' »impératrice » des lieux.


Vous l’aurez compris en lisant mon résumé des quatre premiers épisodes, The Empress ne fait pas exactement dans la dentelle pour aborder son sujet. Malheureusement on ne peut s’empêcher de penser à juste titre que la descente aux enfers d’In Hwa doit être familière à un bon nombre de prostituées et d’hôtesses, contraintes de faire ce métier pour éponger leur dette ou celle de leurs familles/conjoints abusifs/maquereaux. Et encore, le drama n’aborde même pas l’aspect le plus terrible de cette source de revenue avide de chairs meurtries : la prostitution clandestine. In Hwa a encore la chance d’avoir des personnes qui la protège, et est (relativement) préservée grâce à son intelligence, sa franchise et sa grâce naturelle qui la distinguent des autres. C’est son ascension brutale qui peut interloquer. Si vous voulez une histoire du même genre un peu plus réaliste je vous conseille le roman historique Ambre (Forever Amber) de Kathleen Winsor, sur l’ascension d’une jeune femme noble élevée dans la roture qui devient la favorite de Charles II d’Angleterre alors que son cœur ne battra de sa vie que pour Lord Carlton, adapté en film par Otto Preminger en 1947. Les déboires que doit traverser Ambre pour se sortir des bas quartiers dans lesquels elle a échoué sont d’une autre nature que le saut de mouton que fait In Hwa par-dessus son petit salon de province pour entrer directement dans le salon le plus prestigieux de Séoul, simplement parce qu’un homme riche un peu loufoque passait par là.

Les malheurs d’In Hwa à commencer par son exclusion de l’université peuvent paraître totalement surréalistes d’un point de vue occidental, mais je suppose que leur traitement diffère dans les pays où la rigueur de la hiérarchie et du patriarcat entraîne l’étouffement de ce genre d’affaires dans la peur d’une remise en question des supérieurs et des anciens, souvent au détriment des victimes. Par contre cette histoire de décisions importantes et de corruption liées aux courtisanes de luxe résonne singulièrement chez nous par le biais du scandale des parties fines. Je suis tombée sur un article nourri de témoignages qui prouvent que peu de choses ont évoluées. J’apprécie que The Empress ait choisit d’aborder ces problèmes de front et je vous renvoie encore à The Grand Narrative pour en savoir plus sur les mœurs en Corée du Sud.

J’apprécie de voir l’envers du décor de ces bars, véritables maisons closes dont les hôtesses sont prisonnières. Nous voyons In Hwa s’intégrer petit à petit et s’initier à la farce de séduction que constitue son nouveau métier. Les personnages n’échappent pas aux stéréotypes, mais ils sont tellement attachants qu’on leur pardonne facilement. Difficile de résister à Kang « Puppy Eyes » Ji Sub, qui vient sauver In Hwa de tous les dangers, sur la simple base d’un coup de foudre mêlé d’une empathie sincère. De son côté Hyung Il est le prototype de l’ex détestable et collant, et j’adore le détester. Peut-être est-ce parce que j’avais oublié qu’un second lead n’est pas obligatoirement un chevalier blanc platonique, mais d’avoir pour une fois un couple détestable entre Mr Goujat prétentieux et indécis et Mlle Garce hystérique  me change les idées. D’autant plus que je regarde les vidéos en activant les commentaires, et de lire « someone slap this crazy b*tch » ou « owned » au-dessus de la tête de Yoo Mi et de Hyung Il m’apporte quelques instants de divertissement pur.

Casting B + : Phillip Choi joue encore le rôle d’un goujat de première, et j’espère qu’il ne va pas continuer à être typecasté comme ça pour un éventuel prochain rôle. Jang Shin Young est absolument sublime. Pas étonnant que je ne voyais qu’elle dans I am Legend, même si les autres ne manquaient pas de charisme. C’est la première fois que je croise Kang Ji Sub. Je pourrais être méchante en disant qu’il fait un beau porte-manteau, mais à ma grande surprise je suis beaucoup plus attachée à son personnage que je ne le devrais. S’il m’a eu aux pectoraux/chemise mouillée ou au regard brûlant de rage/désir/désespoir, mystère. Mais quelle idiote je fais, c’est un Beau Brun Ténébreux, toute lutte est vaine. Le reste du casting est comme d’habitude bien choisi, sans véritable révélation.

Réalisation : C Si il y a un reproche que j’ai à faire à The Empress, c’est bien celui-là : il a été tourné comme un soap (à ne pas confondre avec makjang, mais je reviendrai là-dessus prochainement). Vous vous souvenez du trailer ? C’est la même chose, en version longue. Pas très intelligent pour une minisérie de 13 épisodes d’avoir misé sur un déferlement de violons et sur des pistes de piano recyclées, d’autant plus que la situation est tellement tragique que ce serait inhumain de ne pas se sentir désolé pour In Hwa. Elle en vient petit à petit à en vouloir au monde entier, piégée par le cynisme et l’amertume. J’aurais aimé également un peu plus d’inventivité et de concision pour la mise en scène de certains passages tragiques. J’ai été sincèrement touchée mais je pense que c’est plus grâce au talent des acteurs qu’autre chose.

Scénario : B + The Empress est un exemple un peu compliqué de remake. C’est l’adaptation du dorama Jotei, lui-même adapté du manga éponyme d’un mangaka de renom : le prolifique Kurashina Ryou, auteur d’une véritable « licence » sur les hôtesses qu’il a décliné un peu à toutes les sauces. Il y a la licence Jotei (impératrice) : Jotei, Jotei Hanamai, Jotei Kaoruko…et la licence Jyouou (reine) qui a donné lieu à deux adaptations télévisées au Japon. Le principe est toujours un peu le même : une jeune fille innocente débarque dans le monde de la nuit à cause d’une histoire de dette ou de revanche sur la vie, et décide de se battre pour devenir l’hôtesse N°1 du salon dans lequel elle a atterri. J’ai lu le scénario détaillé du dorama Jotei, et j’apprécie les modifications apportées par les scénaristes Sud-Coréens. Le drama reste fidèle à l’histoire originelle tout en l’intégrant dans un modèle plus adapté à la culture télévisuelle locale. Il est encore trop tôt pour dire si le scénario suivra le dorama (visiblement c’est bien le dorama qui est adapté, et pas le manga de 23 volumes) où s’il choisira une voix différente. Je trouve le principe de base intéressant, mais Jotei étant à l’origine une histoire très emprunte de sentimentalisme et d’une certaine fascination toute masculine (je me demande ce qu’aurait donné la même histoire prise en main par une femme) nous ne dépassons pas le stade du drama « de genre » dans le sens où le discours manque de réalisme. C’est ce qui m’empêche d’adhérer sans arrières-pensées au drama, même si ça fait du bien de voir un scénario centré sur les hôtesses à Kdrama-land.

Verdict : Okay Kimchi + Si son scénario quelque peu manichéen réfrène mon enthousiasme, le drama ne manque pas de charme et de pertinence. Et surtout j’adore sa base de départ : c’est un peu comme si au lieu de s’allier avec Pervers 1er et de l’épouser le personnage de Park Si Yeon dans Story of a Man avait décidé d’utiliser son statut d’hôtesse pour prendre sa revanche. L’attitude d’In Hwa, armée de son briquet et de son bidon d’essence n’est pas sans rappeler celle de Kim Shin, qui déboule avec son arbalète au studio télévision. Certes ils n’y sont pas allé avec le dos de la cuiller pour le pathos, mais l’histoire ne manque pas d’intérêt. Le drama est hautement addictif, et Jang Shin Young, lumineuse, le porte sur ses épaules. La revanche est sur le point de commencer, j’espère que la suite sera tout aussi fascinante que les débuts.

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