Bright Star

Bright star, would I were steadfast as thou art —
Not in lone splendour hung aloft the night
And watching, with eternal lids apart,
Like Nature’s patient, sleepless Eremite,
The moving waters at their priestlike task
Of pure ablution round earth’s human shores,
Or gazing on the new soft-fallen mask
Of snow upon the mountains and the moors —
No — yet still stedfast, still unchangeable,
Pillow’d upon my fair love’s ripening breast,
To feel for ever its soft swell and fall,
Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender-taken breath,
And so live ever — or else swoon to death.

John Keats, Bright Star

Comme la fin de Princess’ Man m’a rendu d’humeur lyrique, je me suis dis que j’allais regarder un film que je me réservais pour ces instants de gourmandise poétique : Bright Star. Je n’avais vu qu’un seul film de Jane Campion, La Leçon de Piano (et Portrait de Femme attend sagement que je m’occupe de lui) mais je savais que je n’allais pas en rester là avec elle. Le genre des adaptions libres de la vie des grands auteurs Anglais du XIXème siècle ne me tentait plus beaucoup depuis le très décevant Becoming Jane  de Julian Arrods, mais je savais pourtant que je pouvais faire confiance à cette réalisatrice Néo-Zélandaise aux doigts de fées pour traiter le sujet avec le plus de délicatesse et d’acuité possible, sans oublier sa mise en scène superbe.

Je ne me suis pas trompée. Bright Star évite l’écueil de la frivolité (pourtant si tentante) d’une telle reconstitution historique et dresse des portraits d’une lucidité rare sur les personnages principaux de son récit. Fanny Brawne (Abbie Cornish) est une jeune femme aisée, élégante et franche, très appliquée sur ses travaux de couture et attachée à la vie en société, les bals et la mode de son temps. Elle a pour voisin Mr Brown, un amateur de poésie qui a pris sous son aile le poète John Keats (Ben Whishaw). Âgé de tout juste 23 ans l’artiste peine à assurer sa propre survie. Il doit faire face à la maladie de son frère et ses recueils sont mal reçus par la critique et la clientèle. Les deux jeunes gens se rapprochent doucement, s’accordant quelques instants de bonheur volés avant que la rumeur du monde et surtout la maladie ne les rattrapent.

En commençant Bright Star, on sait ce qui nous attend : Ils se rencontrent en 1818, Keats meurt de tuberculose à Rome trois ans plus tard. Comment à partir de là embarquer tout de même le spectateur dans une histoire d’amour sans lendemains ? Ce n’est pas qu’elle est particulièrement tragique ni « impossible » : Jane Campion ne cuisine pas l’histoire pour en faire quelque chose de dramatique. Non, la tragédie se déroule sans bruits, dans le cœur brisé des personnages. Dans les yeux ambres de Fanny qui collectionne les papillons dans sa chambre en attendant le retour de John, dans la voix de John lorsqu’il lui lit ses poèmes à haute voix (la voix de Ben Whishaw s’accorde parfaitement à la lecture des poèmes les plus romantiques de Keats). C’est une chose de réaliser un film sur un grand poète, c’en est une autre d’en faire résonner les vers avec les évènements et la mise en scène de son film. Bright Star n’ambitionne jamais de faire la « biopic » de Keats, c’est la peinture animée d’un amour éternel.

Les plans de Bright Star sont construits souvent comme de véritables tableaux, et j’ai souvent eu l’impression d’avoir en face de moi quelques œuvres de Watteau avec ces jeunes filles qui lisent des lettres à la fenêtre entre les draperies des rideaux, cette lumière pâle si douce et si lumineuse à la fois, ces bruns sombres si chaleureux. L’une des choses que je déplore le plus à propos des adaptations (notamment Américaines) des grands classiques Anglais et de la vie de leurs auteurs, c’est cette tendance à vouloir absolument en mettre plein la vue aux spectateurs, à réveiller la fibre romantique du public féminin en répétant toujours les mêmes clichés (en particulier celui de la jeune fille impétueuse et pleine d’esprit, éternelle fantôme d’une Elizabeth Bennet jamais égalée) à l’aide de grands discours enflammés sans comprendre qu’il est possible de peindre un portrait attachant et autrement plus pragmatique simplement en réfléchissant un peu autrement que par le biais d’images préconçues. Jane Campion nous propose un portrait attachant sans vouloir absolument faire de son héroïne un parangon de vertu et d’esprit. Elle sait cultiver une délicate harmonie entre les aspects terres-à-terres de l’histoire et la transe amoureuse de ses amants maudits, qui regardent les choses à travers le prisme des sentiments intenses qu’ils éprouvent l’un envers l’autre.

Que dire des acteurs ? Si je ne connaissais absolument pas Abbie Cornish avant de voir ce film, je suis pressée de réparer cette lacune. Elle fait partie de ces femmes au charme discret, que l’on ne remarque pas immédiatement, à première vue commune, et dont le charme et la grâce se déploient lentement à mesure qu’on apprend à la regarder. Il y a des scènes où sa beauté est tellement bien mise en valeur qu’on peut se perdre aisément dans l’observation de ses traits, en particulier de ses yeux songeurs et de sa bouche dont le sourire inattendu illumine une pièce en l’espace d’une seconde. Ben Whishaw est un excellent choix pour incarner le jeune poète. Sa constitution élancée rend son état de santé instable parfaitement crédible, et surtout il a ces yeux bleu-vert rêveurs et cette voix fébrile qui s’accordent si bien avec la nature romantique de son personnage. Il n’a pas une présence particulièrement charismatique, mais le choix d’un acteur plus imposant aurait immédiatement brisé le charme. Comme on peut s’y attendre après avoir vu La Leçon de Piano, Jane Campion a veillé à sélectionner un casting bien spécifique pour illustrer ses idées et encore une fois dresse le portrait attachant d’une toute petite fille, la petite sœur de l’héroïne, une figure enfantine curieuse qui semble hanter son imaginaire.

Réussi tant sur le fond que sur la forme et malgré quelques (très insignifiantes) longueurs, Bright Star accompli parfaitement cette tâche difficile qui consiste à prendre un sujet a priori réservé à cette étiquette peu valorisante de « chick flick historique » pour en faire du grand cinéma. L’émotion met du temps à s’installer en raison du style concis et de l’apparente froideur des premiers rapports entre les personnages, mais lorsqu’elle s’installe elle touche droit au but et ne laissera pas votre paquet de mouchoirs cœur intact. 

Il y a tant de choses encore à dire sur ce film, mais j’ai envie de clore ici mon article et de vous laisser avec un autre poème. Eteignez tous les autres sons que vous avez autour de vous, et laissez-vous porter par Ode to a Nightingale de John Keats…

4 réflexions sur “Bright Star

  1. Tu as merveilleusement retranscrit ce qu’on peut ressentir en voyant ce film. C’est vraiment un petite bijou, toujours juste, qui ne va jamais dans la surenchère. Certaines scènes sont tout simplement magiques : la scène des papillons par exemple, mais mes préférés, c’est quand ils « communiquent » à travers le mur qui sépare leurs chambres. C’est vraiment un coup de coeur, et j’ai aussi vidé mon paquet de mouchoir ;).

    • Merci pour ta réaction Mewena ^^)/ moi aussi j’ai été vraiment touchée par ces « instants magiques ». Réalisé autrement ça aurait pu être très niais, mais Jane Campion a su les rendre authentiques.

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