Détective K – Le Secret de la veuve vertueuse

Je voulais absolument trouver le temps de parler de films Sud-Coréens, puisqu’ils représentent tout de même un pan important de ma passion pour cette culture. Mais le format libre, avec lequel j’ai écrit mon article sur My Dear Desperado est beaucoup trop contraignant, et j’ai cherché une structure qui me permettrait d’aller droit au but. J’ai récupéré les trois points que j’utilise pour mes « programmations ». C’était utile pour ce film, mais je ne sais pas si je reprendrais cette méthode automatiquement.

Refermons la parenthèse. Detective K est un sageuk qui m’intriguait en raison de ses mystérieuses affiches et de son casting alléchant. La campagne de promotion a été ambitieuse, et le public a été au rendez-vous puisque le film s’est maintenu pendant plusieurs semaines d’affilé en tête du Box-office, devant les blockbusters Américains. Mais est-ce que Detective K est aussi épatant que ses trailers le laissaient croire ?

 

De quoi ça parle ? A la fin du XVIIIème siècle, le royaume de Joseon est instable à cause d’un important réseau de détournement d’impôts. Le roi Jeong Jo envoie son meilleur détective, le Yangban « K » (Kim Myung Min) mener une double-enquête dans la région de Jokseong : le meurtre de plusieurs hauts fonctionnaires qu’il pense lié à ces détournements de fond, et le suicide d’une « veuve vertueuse » qui a choisi de suivre son mari dans la mort. K rencontre en chemin un éleveur de chien, Seo Pil, qui devient rapidement son sidekick attitré. Poursuivis par des assassins, ils parviennent tout de même à recouper les deux enquêtes en remontant jusqu’à la maison commerçante de Maître Han (Han Ji Min), une femme troublante qui semble prendre parti à un trafic d’œuvres d’art au cœur du réseau de corruption qui les intéresse. Le détective K. tente de démêler ces mystères, qui cachent bien plus qu’une histoire de taxes impayées.

Pourquoi celui-là ? Kim. Myung. Min. Il faut le voir faire son one-man show avec sa moustache de Sherlock Holmes, totalement incongrue à une époque où ce style n’était pas vraiment de mise. Il est parfait en noble irrévérencieux, inventif et un brin égoïste. Là où un autre acteur en aurait fait trop, Kim Myung Min sait doser sa performance pour éviter de justesse le cabotinage, et apporte un panel d’expression impayables proprement hilarantes. Han Ji Min est absolument sublime, presque irréelle dans ce rôle ambivalent (que j’aurais souhaité moins manichéen, mais je m’explique plus bas) qui lui permet d’exploiter pleinement ses capacités d’actrice. Les décors et costumes en particulier sont magnifiques, la cinématographie intelligente et dynamique rappelle les meilleures séquences de courses-poursuites des films de Jackie Chan, et malgré un découpage des scènes monotone le film est un vrai plaisir pour les yeux. Le choix de filtres sombres est approprié aux thèmes de l’intrigue : le réalisateur n’a pas peur de montrer ses acteurs sous leur jour le plus défavorable, pour un effet comique efficace.

Nuances (!Spoilers!) : Si la première partie se concentre sur le côté « buddy-movie » du scénario et réussit à nous tenir en haleine grâce à son duo de choc et aux promesses d’un mystère croustillant, la déception qui suit cette phase délurée est de taille. L’intrigue s’essouffle rapidement à mesure que les motivations des personnages jusqu’ici ambigus deviennent évidentes, les ficelles du film sont de plus en plus prévisibles et surtout un élément indésirable apparaît avec une maladresse condamnable : la morale chrétienne. Le parallèle entre la persécution des premiers Chrétiens sous Joseon et le traitement brutal des serviteurs (esclaves ?) est intéressant et pertinent (dans le genre j’ai beaucoup aimé le film Agora que je vous recommande sans hésitation) mais lorsque les choses sont présentées avec autant de manichéisme et de bien-pensance, ça devient de la propagande. Le réalisateur a la main un peu trop lourde sur un symbolisme de base à la fois obsolète et stéréotypé : allons-y pour les chœur d’église dramatiques, la lumière blanche aveuglante, les gros-plans sur des Christs en croix et des linges de cérémonie souillés par le sang…et bien sûr le noble confucianiste conservateur se révèle être le cerveau non seulement des persécutions, mais aussi des détournements de fond. Quelle surprise ! Le Diable en personne. Maître Han (dont l’identité secrète est tellement bien mise en scène que l’on devine qui elle est quasiment avant de l’avoir rencontrée) passe tout à coup du statut de garce vénale à sainte pratiquement descendue du ciel, et ce personnage, supposé être le pivot central de l’intrigue, tombe désespérément à plat. La fin aligne lieux communs sur lieux communs, et les derniers retournements ne réussissent qu’à provoquer une grande lassitude. Prétentieux et conventionnel, Detective K : The Secret of the Virtuous Widow n’est pas le quart du film qu’il promettait d’être. Tant que l’ambiance est à la plaisanterie c’est divertissant, mais lorsque le film essaie d’être sérieux et de parler de choses graves les masques tombent et révèlent des intentions idéologiques bien déterminées, sans-doutes sincères mais désespérément grossières et naïves.

Verdict : Bad Kimchi. Des débuts prometteurs, une réalisation bien pensée et un casting idéal pour un scénario bancal et désespérément cliché. Le début est plaisant à suivre grâce à l’action enlevée et l’intrigue fait illusion pendant au moins la première heure, mais lorsque l’envers du décor se révèle la déception est amère. Le discours manichéen qui nous est servi au cours de la résolution du mystère achève d’agacer le spectateur, déjà lassé d’avoir été pris pour un idiot par des twists attendus à des kilomètres. Le film aurait dû se concentrer sur ce qu’il maîtrise le mieux : une relation maître/esclave classique et efficace, sans s’engager sur le terrain glissant de la religion.

PS : il serait intéressant de faire un parallèle entre le discours idéologique de Detective K et la vision populaire du christianisme en Corée du Sud. Je sais qu’ils associent facilement rébellion démocratique et christianisme, en raison des liens étroits développés entre l’Eglise Coréenne et les mouvements nationalistes sous l’occupation Japonaise, et surtout que cette religion est considéré là-bas par beaucoup comme l’un des moteurs principaux de la modernisation de la culture, des mœurs et de la société en général. En particulier le modèle Chrétien est réputé pour avoir contribué à sortir la population de son système de classes très sévère, et à valoriser la place des enfants et des femmes au sein de la société. L’histoire explique en partie cette vision très édulcorée du christianisme véhiculée par le film, mais rien n’excuse l’absence totale d’alternative et de débat ni le ton scolaire du message religieux qui nous est asséné avec un manque total de subtilité. La critique d’Ernest Hardy pour L.A Weekly exprime parfaitement ma pensée : “Kim Suk-yoon becomes so heavy-handed in handling the issue of Christianity that the film winds up an infomercial for the religion, complete with syrupy strings playing on the soundtrack as poor believers are beaten by soldiers.”

Une déception amère et deux heures gâchées par ces dérives moralistes. Pour me consoler, je pourrais toujours scruter longuement le maquillage parfait de Han Ji Min pour essayer d’en percer les secrets…

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