King Gwanggaeto : Premières impressions

Je profite d’un passage éclair à Paris avant de repartir pour faire une mise à jour. Voilà le moment venu de parler des différents sageuks qui sont sortis dernièrement, à savoir Warrior Baek Dong Soo, King Gwanggaeto, GyeBaek et The Princess’ Man (sans compter Tree With Deep Roots qui se profile). Je réserve Warrior pour plus tard, et je pense qu’il fera partie des dramas que je regarderai en fin d’année pour boucler le bilan. J’adore The Princess’ Man, mais j’ai décidé de ne pas en parler avant qu’il soit terminé, et il faut que je continue GyeBeak pour pouvoir écrire des premières impressions un peu consistantes.  C’est donc King Gwanggaeto qui va passer en premier !

Le scénario est assez classique et pour l’instant se rattache à la vérité historique. Les Xianbei ont envahi Goguryeo au IVème siècle, sans parvenir à vaincre ni chasser son clan. Le roi Murong Chui, fils du grand guerrier des Xianbei, fut le fondateur du clan Houyan, installé de force sur le territoire de Goguryeo. Houyan et Goguryeo se disputaient le contrôle d’un grand territoire, la Plaine Centrale, et Murong Hwang leva une armée de 150 000 hommes pour envahir la capitale. Le roi Gogugyang est pris de court à cause d’une manœuvre secrète de Houyan qui  a échappé à (presque) tous ses espions. Informé tardivement il apprend que la cité-forteresse du clan Hyeondoseong (l’un de leurs clans « vassaux » pour parler à l’occidentale) a déjà été pris, et nous faisons connaissance avec notre héros lorsqu’il intervient pour empêcher le prince héritier Murong Bao de tuer le fils du chef des Yodongseong, autre clan vassal dont l’armée s’est rendue sur les lieux. Nous apprenons que celui qui se présente comme le « général fantôme » est en réalité le neveu de l’héritier des Yodongseong , le prince Damdeok (et futur Roi Gwanggaeto).

Le reste du pilote s’applique à nous le présenter comme un fin stratège doublé d’un habile guerrier. Nouveauté, ce drama ne part pas avec un prince impertinent et roi en devenir mais plutôt avec un homme qui a déjà l’étoffe et la sagesse d’un grand souverain. Témérité et sacrifice pour la patrie sont au rendez-vous, et Damdeok se distingue en désobéissant à son oncle pour tuer le roi ennemi (twist scénaristique usé jusqu’à la corde dans ce genre de sageuk). Capture du futur Roi, alliance avec les barbares locaux, conspirations et quête initiatique sont au programme.


Le principal talon d’Achille de ce drama est sa production. On parle souvent du triangle d’or Casting/Réalisation/Scénario, selon lequel un bon drama doit être un succès dans les trois domaines, mais on oublie souvent qu’une production médiocre peut faire couler les trois. En l’occurrence King Gwanggaeto manque cruellement d’un budget digne de ce nom , et parmi les nombreux sageuks sublimes tournés avec du matériel de pointe, aux castings riches de noms aguicheurs et aux costumes luxueux, cette production modeste semble sortir d’un autre âge. Adieu costumes de soie et de métal et bonjour aux casques de plastique argentés et aux perruques bon marché. Adieu casting de renom et bonjour aux petits noms de la télévision du week-end. Adieu effets spéciaux derniers cris et bonjour aux CGI ringards. La liste est encore longue : décors et costumes réutilisés à partir de sageuks antérieurs, effets de caméra cheaps, pas assez de figurants pour rendre les scènes de foule crédibles, on change de rideaux et de nappes pour donner l’impression d’être dans une autre salle pour économiser les constructions du studio…pour un peu je me serais crue sur le plateau du sageuk que tourne le héros de Harvest Villa, avec sa perruque de général qui se décolle sous l’effet de la transpiration. Le gros problème c’est que l’immersion est rendue quasiment impossible en raison de la distraction que représente l’effet amateur. Par contre les acteurs eux y croient dur comme fer, et tout le monde s’en donne à cœur joie. Le problème c’est que visiblement personne n’est là pour les diriger avec un peu de subtilité et ça crie dans tous les sens. Si vous n’êtes pas accoutumés aux sageuks, fuyez, c’est le genre de drama qui contient tous les défauts du genre qui peuvent déstabiliser le spectateur non averti. Les seuls effets réussis sont les bruitages, c’est vous dire à quel point le drama manque de crédibilité.

MAIS. Puisqu’il y a un mais. Étrangement le drama a un certain charme, et surtout une narration efficace. Paradoxalement si la médiocrité de la production ne cesse de nous rappeler que nous sommes dans une fiction, l’histoire ne s’embarrasse pas de prétentions pour un sous et nous entraine directement dans le cœur du sujet. Je pense que King Gwanggaeto ressemble beaucoup à une vielle série d’aventures, où ce qui comptait n’était pas les sentiments des personnages mais plutôt leur survie au jour le jour à travers combats et stratégies. King Gwanggaeto pourrait également être une vielle bande-dessinée, style « les chroniques du général fantôme ». De plus l’aspect stratégique du drama est vraiment attractif. On a l’impression de voir enfin sous nos yeux ces fameuses prises de châteaux forts qu’on jouait et rejouait indéfiniment dans notre enfance (ayant grandi avec deux frères, difficile pour moi de faire l’impasse sur les jeux de guerre et j’ai ressenti une certaine nostalgie).

Curieusement les femmes sont presque totalement absentes de ce drama. Le casting féminin est limité à quelques rôles de guerrières et de dames de la Cour, mais rien que dans le pilote aucune femme n’est présentée avec emphase comme le sont les hommes. Cela contraste par exemple avec un sageuk comme King Geunchogo qui accordait à sa princesse YeoHwa et aux différentes reines une présentation pleine de panache. Je pense que l’absence de personnages féminins plus charismatiques représente un réel handicap pour un drama qui se veut grand public comme celui-là, puisque que les rôles qui marquent le plus ces derniers temps sont des Mi-Shil et des Hwang Jin Yi. Je sais qu’il reste encore deux autres rôles féminins à découvrir, mais d’après ce que j’ai lu de la suite, elles mettent beaucoup de temps à entrer en scène. et ce n’est pas très engageant.


Quel est le bilan ? En 2011, King Gwanggaeto fait figure d’OVNI, coulé par une production proprement désastreuse (mais où est passé le budget ?!). Néanmoins le drama a su garder dans son scénario en particulier une certaine innocence, une candeur aujourd’hui quasiment disparue des productions historiques qui misent sur des anti-héros pour assurer leur popularité. Il fallait oser, mais en échange King Gwanggaeto a bien du mal à lutter contre le danger du ridicule qui menace à chaque coin de scène dans les plis des costumes bon marché. Le résultat final est tellement limité par rapport à ce que l’on voudrait nous faire croire que le drama penche dangereusement du côté du nanar. Pourtant je me suis souvenue que la fiction n’est pas ce qu’on a sous les yeux, mais ce que l’on imagine. Or l’image est créée par le pouvoir du conteur, et parfois de simples mots pleins de charme et de conviction valent mieux que tous les effets spéciaux du monde pour vous faire voyager. Mais j’ai peur que la suite conserve tous les défauts qui m’ont fait décrocher pendant le pilote.

Scénario : B Rien de nouveau sous le soleil. Le gentil futur roi fort et brave va subir de nombreuses épreuves avant d’accéder au trône. Il va combattre ses opposants et se faire aider et sauver par ses alliés. Beaucoup de conspirations et de bla-bla stratégique à prévoir. L’approche frontale est à la fois un avantage (pas d’enfance des héros qui n’en finit plus) et un inconvénient (difficile de s’attacher à des personnages pour l’instant très uni-dimensionnels). La narration des combats est intéressante et sauve le spectateur de l’ennui en gardant son intérêt éveillé grâce au rythme soutenu de l’action.

Réalisation (+production) C – La réalisation est assez correcte, mais la production désastreuse et le budget inexistant réussissent à ruiner à peu-près tout le potentiel du drama.

Casting : B – Comme les rôles principaux sont tenus par des acteurs qui occupent habituellement des seconds rôles, des acteurs de troisième voir de quatrième rang se reetrouvent à jouer tant bien que mal des personnages importants et n’ont souvent ni la carrure ni la tête de l’emploi. 

Verdict : Okay Kimchi –  J’ai débattu un bon moment avant de me décider entre Okay et Bad Kimchi, mais après avoir laissé une semaine s’écouler le souvenir que j’en garde est plus postitif que négatif.  Ça me mettait mal au cœur de mettre une mauvaise appréciation pour ce sageuk somme toute plus maladroit et attachant qu’autre chose. Paradoxalement King Gwanggaeto va probablement s’avérer très rentable puisque ses audiences ne cessent de grimper (elles ont doublées depuis le début et augmentent de façon très régulière) tandis que le drama n’a visiblement pas coûté très cher à la chaîne. Dommage qu’il soit si conventionnel, il aurait pu devenir beaucoup plus divertissant à la manière de Strongest Chil Woo, drama qui a joué de sa production assez pauvre pour provoquer un amusant décalage. Je suis au moins contente qu’il ait trouvé son public et mis en lumière un principe fondamental : un sageuk doit avoir un minimum les moyens de ses ambitions pour convaincre. 

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6 réflexions sur “King Gwanggaeto : Premières impressions

  1. bon aller 3e fois je j’essaie d’écrire mon commentaire!
    Je suis habituée des sageuks, et c’est vrai que ce qui m’a marqué le plus quand j’ai commencé King Gwanggaeto, c’est le manque de moyen, souvent les chaines chouchoutent leur sageuk, car ils ont souvent des très bons taux d’audience, mais là c’est vraiment pas le cas, et c’est vrai que ça fait vraiment très bizarre.

    Après j’ai trouvé que l’histoire ce met assez difficilement en place, on comprend très tôt dans quelle direction on va, mais dans les premiers épisodes il y a que de la bataille, généralement c’est ce que je préfère dans les sageuk, mais là c’est pas très bien fait et il y en a trop, alors jme disais, bon c’est quand la love story commence??

    J’ai quand même bien avancé dans le drama, j’en suis au 12, ya eu quelques bons épisodes qui m’ont motivé à continuer, mais le fait qu’ils hurlent à longueur d’épisode est très dérangeant.
    Dans ce drama ils ne savent pas parler, ils hurlent, et j’ai aussi trouvé que les dialogues étaient très très pauvres.

    Mais bon pour les amateurs de Sageuk, il y en a plein cette saison: pour ceux qui aiment les fight il y a Warrior baek dong soo ( à part 2 épisodes vraiment pas super et l’héroïne qui m’énervent le drama est super) et sinon il y a Gye Baek, vraiment pas mal^^
    Et puis pour ceux qui aiment la romance: Princess’ man^^
    En tout cas je suis impatience de lire tes premieres impressions pour Gye Gaek parce que perso j’adore, même si il me fait un peu pensé à Queen seon duk par moment, enfin surtout un personnage qui ressemble pas mal à Mishil!

  2. Bonjour,
    Les trois premiers épisodes sont répétitifs et lassants, mais tout change dans les épisodes 4 et 5 : on assiste à une habile manipulation où le vrai traître cautionne les faux traîtres sans le savoir. L’épisode 6 est de la politique : Damdeok est sanctionné au lieu d’être récompensé. Etc.
    Donc, il faut supporter les ratés des trois premiers épisodes pour commencer à apprécier la série.
    Les tirades sont « hurlées » comme au théâtre. C’est une convention – on aime ou n’aime pas.
    Le plus gênant est l’abus des gros plans sur les visages. Le gros plan permet en principe de dévoiler les sentiments du personnage au spectateur. L’abus des gros plans ne dévoile plus rien sinon les outrances de certains comédiens : Kim Dong-Hyeon, Kim Jin-Tae, Lim Ho, Song Yong-Tae.

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