My Dear Desperado

Hier soir je cherchais un film sympa à regarder avant de m’endormir, et j’avai décidé de mettre à jour de ma liste de films Sud-coréens en attente. Je voulais essayer My Dear Desperado depuis longtemps, Jung Yumi oblige. Elle m’avait beaucoup impressionnée dans Que Sera Sera, et je l’avai rangée dans la catégorie des professionnels à suivre sur le grand écran. L’expérience s’était avérée fructueuse avec Park Yong Woo, et m’avait permise de découvrir My Scary Girl, petit film indé difficile à trouver, tout sauf conventionnel et bourré de bonnes trouvailles. Jung Yumi n’a pas encore tourné dans tant de films que ça mais heureusement elle a le chic pour choisir de bons projets, et sa présence dans l’un des meilleurs épisodes de KBS Drama special, The Great Gye Choo Bin, m’a rappelé que je devais relancer ma quête. Et je me suis souvenue de My Dear desperado (aka My Gangster Boyfriend), dont Javabeans avait parlé l’année dernière.

Au vu du synopsis je m’attendais à quelque chose de mignon et d’anecdotique, et de façon complètement inattendue je suis tombée sur un vrai petit bijou de romance poignante, qui est allé se ranger direct dans mes favoris avec Crush and Blush, Castaway on the Moon et Flying Boys (entre autres).

My Dear Desperado raconte l’histoire de Dong Chul (Park Jong Hoon), un homme tombé dans la mafia par nécessité, qui aurait pu s’aigrir facilement si Han Se Jin, une jeune provinciale happée par les promesses de la capitale, n’était pas venue s’installer dans l’appartement mitoyen de sa petite résidence modeste. My Dear Desperado s’intéresse à la rencontre de deux coeurs brisés qui vont s’apprivoiser et petit à petit s’aider mutuellement et plus si affinités. Dit comme ça ça paraît hyper bateau, mais on réalise rapidement que nous ne sommes pas devant une énième comédie romantique pimentée où les personnages passent leur temps à se crier dessus pour éventuellement se mettre ensemble à la fin. Emerveillée, j’ai découvert un scénario qui ne prenait pas de détours par la case clichés du genre, et une réalisation discrète, tout sauf pompeuse (comme c’est souvent le cas pour les romances comiques coréennes), plutôt mélancolique et douce-amère. Au début du film j’étais quasi certaine qu’on allait suivre le schéma habituel (des débuts en fanfare, des longueurs au milieux et une fin émouvante), et au fur et à mesure j’ai compris que le film allait suivre son propre rythme, plus cohérent et fluide que d’ordinaire. On lorgne plus vers les films de Hur Jin Ho (Christmas in August, April Snow) que ceux de Kwak Jae Yong (My Sassy Girl, Cyborg Kanojo). Les émules de ce dernier comme My Tutor Friend ou 100 Days With Mr Arrogant ont leurs mérites, mais glissent trop souvent dans des facilités scénaristiques qui les ammène à se perdre dans des longueurs et une platitude lassante. Le scénario de My Dear Desperado ne brille pas par son originalité et peut légitimement être qualifié d’ordinaire. Le film brille plutôt par ses acteurs, sa mise en scène lumineuse et ses dialogues et développements intelligents. Il évite les écueils des habituels malentendus/disputes/réconciliation, et ne joue pas non plus (contrairement à ce que son affiche peu représentative laissait entendre) sur l’animosité réciproque de son couple principal. Deux affiches sont sortie pour faire la promotion de My Dear Desperado, et celle de droite aurait du prévaloir.

Prenons pour commencer les acteurs. J’aurais dû me douter qu’avec un tel casting, l’équipe du film entendait faire quelque chose de sérieux. J’ai déjà parlé un peu de Jung Yumi qui m’avait bluffée dans Que Sera Sera, et le fait est qu’aucun de ses projets ne m’a déçue jusqu’ici. C’est une actrice « naturelle » qui joue juste sans efforts, sans fioritures, et l’une des rares à ne pas avoir cédé aux sirènes de la chirurgie esthétiques (le talent n’empêche pas d’y avoir recours mais c’est toujours plus agréable d’avoir une actrice qui peut sourire de tout son visage sans lutter contre le botox). C’est le genre d’actrice qui peut illuminer l’atmosphère lorsqu’elle souri. C’est mon tout premier film avec elle et je compte bien continuer avec Come Closer (avec Yoon Kye Sang !) et Oki’s Movie.

Son personnage, Han Se Jin, sombre dans la mélancolie à mesure qu’elle subi les humiliations que lui infligent ceux qui lui font passer des entretiens d’embauches, mais elle se détend et retrouve un peu de chaleur humaine et de générosité au contact de Dong Chul. Elle ne ressemble pas vraiment à une héroïne dans le sens classique du terme, mais touche par sa fragilité et sa persévérance.

Dong Chul est un personnage difficile à faire entrer dans un stéréotype : on pourrait dire que c’est encore un énième bourru au coeur d’or mais ce serait tristement restreindre sa complexité. Il est interprêté avec brio par un acteur que je ne connaissais pas et qui vient de s’ajouter à ma liste d’acteurs à suivre, Park Jong Hoon (Once Upon a Time in a Battlefield). A première vue rien d’extraordinaire, mais c’est facile de comprendre pourquoi Se Jin tombe petit à petit sous le charme (et nous avec). Dong Chul évoque un ours/nounours mal léché mais ne se limite pas à une personnalité contrastée : c’est un personnage « entier » avec ses angoisses, ses rêves, ses faiblesses, qui essaie de sauver ceux à qui il tient en faisant preuve d’un grand courage.

Jong Hoon joue lui aussi avec beaucoup de naturel. Il est tout à fait crédible en gangster et surtout a ce regard tantôt effarouché tantôt chaleureux qui vous enveloppe comme une couverture. Je vais devoir étendre mon champs de recherche aux films auxquels il a participé, et j’ai justement entendu du bien de Once Upon a Time in a Battlefield. Il est tellement convaincant en gangster que je brûle de le voir interprêter d’autres types de rôles.

Il faut le voir pour le croire : ce film réussit à partir d’un scénario bateau et d’en faire son histoire. L’histoire de Se Jin et de Dong Chul n’appartient qu’à eux. Je pense que c’est en grande partie dû à l‘absence totale de prétention du film. Ça se traduit par une musique discrète, une absence de gimmicks, une caméra bien placée sans effets superficiels, une simplicité des décors et peu de retournements de situation exceptionnels. L’aspect visuel très agréable (je m’arrêtais toutes les cinq minutes pour prendre des screencaps) ne gâche rien : une jolie lumière, des couleurs simples et douces…

On suit avec plaisir et avec beaucoup d’implication le couple de My Dear Desperado. La fin est un peu prévisible, et elle ne dépaysera pas les habitués du cinéma coréen. Pour ma part je trouve que l’on est tellement impliqué avec les personnages que l’analyse des développements scénaristiques s’efface devant l’émotion intense procurée par les évènements. Encore une fois c’est le sentiment des personnages qui est mis à l’honneur, plus que la volonté de faire quelque chose de nouveau ou d’impressionnant (ce qui est agréablement reposant lorsqu’on est soumis à Paris au matraquage publicitaire des différents blockbusters lancés pour la saison estivale). Partie pour voir une petite comédie sympatique pour passer le temps, j’ai terminé le film avec les yeux brillants et surtout cette sensation délicieuse d’avoir découvert un trésor à un endroit inattendu. Je vous recommande vivement de découvrir cette petite merveille, qui nous rapelle encore une fois qu’on n’a pas besoins d’être ni cynique ni niais pour faire une bonne comédie romantique.

Le film sur Hancinema

Bande-Annonce :

4 réflexions sur “My Dear Desperado

  1. Coucou! En ce moment je suis dans une phase plus film que dramas et ton article tombe à point nommé! J’espère que ce film va me surprendre et m’attacher autant que toi…
    Tu parles également dans ton début d’article de Catsaway on the Moon: je ne sais pas si c’est l’affiche ou le manque d’envie mais je n’ai jamais eu la motivation de le commencer. Il t’a tellement plu?

    • Castaway on the Moon est l’un de mes films préférés tous pays et toute catégories confondues. je ne sais pas si je le conseillerai à tout le monde. Si tu es un peu familière avec le cinéma d’auteur tu peux y aller les yeux fermés, sinon il faut être prêt à oublier un peu tout ce que tu sais du cinéma traditionnel. C’est loin d’être le film le plus barré que j’ai vu, mais c’est un film qui ne rentre pas du tout dans un genre quelconque, et il a son propre rythme, ses propres codes. Par exemple il n’y a quasiment aucun dialogues, et tout le film est centré sur deux personnages (sans presque aucun perso secondaire). Si tu veux un article bien fait dessus je te conseille celui de Sancho does Asia : http://www.sancho-asia.com/articles/castaway-on-the-moon. Il faudrait que je fasse une rubrique film plus fournie, parce que c’est mon domaine de prédilection (plus que les dramas !)

  2. Oui j’avais déjà lu son article, j’aime beaucoup ce site. Ou sinon ce que tu me dis me pousse à le voir, je suis plus cinéma d’auteur que films à l’eau de rose. Comme les films que j’ai vu récemment m’ont davantage déçu que plu, j’avais envie d’une « valeur sûre » même si cela dépend de chacun. Je vais regarder ça dès ce soir!
    Si tu es amatrice de films, j’imagine que tu a vu Locataires et The duelist? Qu’est ce que tu en a pensé? Surtout le dernier en fait, qui a reçu des avis enthousiastes comme très mitigés… (Personnellement, j’ai beaucoup aimé ce film)

    • Locataire j’ai adoré, d’ailleurs j’ai écrit un article dessus mais j’ai un peu peur de ne pas lui rendre justice comme je le voudrais (c’est au-delà des mots) et The duelist m’a laissée un peu mitigée, notamment sur le rythme (j’ai trouvé ça un peu long) mais sur le fond et le visuel, c’était une vraie claque dans la figure.

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