One Day – David Nicholls

“I suppose the important thing is to make some sort of difference, she said. You know, actually change something.
What, like “change the world”, you mean?
Not the entire world. Just the little bit around you.”

Catching Fire, le second tome de Hunger Games est en réimpression, et je ne l’ai trouvé nulle part. Comme j’étais frustrée de repartir les mains vides après avoir fait pas mal de chemin dans la rue du Temple pour trouver la super librairie I Love My Blender que je cherchais (mine de rien c’est toujours un peu compliqué de trouver des bouquins en Anglais même à Paris) le libraire m’a gentiment conseillé celui-là, et comme ce best-seller m’intéressait depuis qu’il a été adapté pour le grand écran j’ai décidé de laisser un peu Panem et ses jeux morbides pour cette romance. Je ne le regrette pas.

NB : Toutes les images viennent de l’adaptation avec Anne Hathaway et Jim Sturgess que je compte voir, et comme pour Hunger Games je ferais peut-être une petite note comparative.

One Day raconte vingt ans de la vie d’Emma Morley et de Dexter Mayhem, deux jeunes britanniques beaux et brillants qui se lancent dans la vie sans bien savoir quoi faire de leur existence. Nous les rencontrons pour la première fois peu après leur cérémonie de remise de diplômes à Édimbourg le 15 juillet 1988. Emma et Dexter s’observent et s’admirent depuis un bon moment de loin, et ils finissent par sauter le pas grâce à quelques verres d’alcool.  Après avoir plus ou moins raté leur nuit ensemble (« Actually, I don’t think I have slept with you, have I ? Well that depends. »), ils discutent de l’avenir, et ce qui ne devait être qu’une nuit sans lendemain se transforme en une amitié légendaire. Dex & Em, Em & Dex, c’est pour la vie, mais Emma est déjà éperdument amoureuse tout en sachant pertinemment que Dexter n’est pas prêt à faire sa vie avec elle. A partir de là, l’auteur choisit d’ouvrir une fenêtre narrative le 15 juillet de chaque année de leur vie. Où seront-ils en 1989 ? Que feront-ils en 1990 ? Et l’année suivante ? Et l’année d’après ?

One Day est il me semble le livre le plus passionnant, le plus bouleversant et le plus marquant que j’ai lu depuis…A Lady Awakened de Cecilia Grant (cet hiver). J’ai sacrifié deux nuits de sommeil pour le terminer, incapable de le lâcher. C’est à la fois une grande histoire d’amour, une grande histoire d’amitié, un témoignage historique, une fresque générationnelle. One Day m’a fait éclater de rire, pleurer comme une madeleine, mais aussi énormément réfléchir à toutes les questions existentielles que David Nicholls pose sans jamais juger les choix des personnages, sans jamais imposer de leçon morale ou de prêchi-prêcha pseudo philosophique. C’est difficile de trouver plus attachants que Dex et Em. J’avais envie de les voir réussir, sincèrement envie qu’ils prennent confiance en eux et qu’ils soient heureux, ensembles ou séparés. One Day aurait pu être un livre incroyablement frustrant mais les presonnages ne tournent pas en rond, et même si ils vont dans la mauvaise direction, même si ils font des choix stupides voire condamnables, ils continuent d’avancer.

Jim Sturgess One Day

Je ne sais plus pourquoi mais en commençant le livre j’étais persuadée que le gimmick était quelque chose du genre « on s’était donné rendez-vous dans dix ans » avec cette fois la promesse de se voir un jour par an, mais en fait pas du tout, c’est beaucoup plus original et riche que ça : chaque chapitre nous raconte ce qu’il s’est passé le 15 juillet de chaque année de 1988 à 2007. Le livre est découpé en quatre parties où l’âge des protagonistes est rappelé : Early Twenties (1988-1992), Late Twenties (1993-1995), Early Thirties (1996-2001), Late Thirties (2002-2004) et l’épilogue, Three Anniversaries (2005-2007). Chaque nouveau chapitre représente une sorte de retour à la case départ où le lecteur doit de lui-même reconstituer ce qu’il s’est passé pendant un an à partir de ce qu’il a appris précédemment, comment ont évolués les héros, où en sont-ils dans la vie professionnelle, dans leurs relations amoureuses. Parfois ils sont au même endroit ensemble, parfois ils sont à deux coins de la planète séparés par des milliers de kilomètres. Parfois ils sont sur la même longueur d’onde, parfois ils se brouillent, parfois ils sont sur le point de sauter le pas et de devenir plus que des amis. Parfois ils s’évitent, parfois ils ont besoin désespérément de se voir. La grande force de ce livre c’est le parti pris de coller le plus possible à la réalité en dessinant les portraits de deux jeunes frappants d’authenticité, et surtout en racontant leur évolution avec les épreuves et le temps. Ils changent beaucoup, et en même temps gardent au fond d’eux-mêmes leurs traits de caractère les plus importants. Dexter sera toujours un peu trop narcissique, Emma sera toujours un peu trop cynique, mais c’est comme ça qu’on les aime. 

Anne Hathaway and Jim Sturgess One Day

C’était vraiment un risque à prendre de choisir des personnages aussi humains, autrement dit des gens qui peuvent être à la fois complètement stupides, complètent immatures et complètement géniaux. Dans la première partie il y a un chapitre absolument brillant où Dexter a un brusque éclair de lucidité et écrit une lettre formidable à Emma, qui contient ces mots répétés à la toute dernière page du livre (pas dans le roman lui-même mais dans l’édition Anglaise, c’est fait comme ça) :

« You’re goergous, you old hag, and if I could give you just one one gift ever for the rest of your life it would be this.

Confidence.

It would be the gift of confidence. Either that or a scented candle. »

Ce livre est très bien écrit. Si vous pouvez lire en Anglais, ça vaut vraiment le coup de chercher le texte original (dans presque tous les cas on perd au change avec une traduction, et tous les auteurs ne peuvent pas être traduits par Baudelaire comme Edgar Allan Poe). J’ai vu partout des analyses comme quoi ce livre a pour thème central l’équilibre difficile de l’amitié entre un homme et une femme, ou le fait de vouloir ce qu’on ne peux pas avoir, mais j’étais tellement captivée par l’histoire elle-même qu’au final je ne me préoccupais même pas de savoir si oui ou non ils allaient finir ensemble. J’ai lu des critiques assez assassines, qui jugent les personnages très froidement et l’histoire comme un assemblage de cliché (sérieusement ?), et j’avoue avoir été très peinée devant le rejet qu’a pu susciter le personnage de Dexter Mayhem qui reste mon personnage préféré du livre malgré tous ses ratés. C’est peut-être parce que je me suis autant identifiée à Dex et Em que j’ai du mal à accepter ces opinions. Beaucoup on trouvé également ce livre déprimant, mais personnellement je l’ai trouvé au contraire plein d’espoir et vraiment encourageant. J’ai beaucoup de plaisir bien sûr à voir ou à lire des fictions optimistes, mais de temps en temps j’adore en découvrir une qui choisit de prendre la réalité à bras le corps, qui a le courage de dépeindre des personnages qui ne sont pas des héros mais qui se débattent quand même pour donner un sens à leur vie. 

Anne Hathaway and Jim Sturgess One Day

En fait je pense que si je me suis autant attaché à ce drôle de couple, c’est parce que j’ai reconnu en eux des traits de caractère qui me sont familiers. Les lettres de trois kilomètres qu’écrit Emma, Dexter qui lui répond par des cartes postales idiotes, le sentiment d’être jeune et dans le vent, d’avoir toute la vie devant soi et de faire toutes les folies sans penser aux conséquences, les addictions, ces vœux pieux et grandes promesses qu’on se fait à soi-même sans jamais arriver à les tenir, le sentiment de ne pas être à la hauteur malgré toutes ses capacités…je comprend qu’on puisse avoir envie d’appeler ça des clichés mais quand ça vous est vraiment arrivé, à vous ou à vos proches ça prend tout son sens. En fait j’ai envie de conseiller ce livre, mais pas du tout comme une romance, sous le dénominatif gentiment méprisant de Chick Lit. Ce n’est pas de la Chick Lit (même si la promotion a été conduite malheureusement dans ce sens pour faire vendre plus), c’est de la littérature. J’ai envie de vous le conseiller comme une tranche de vie sans concessions, l’histoire d’une époque, de la société britannique de la fin des années 80 à la fin des années 2000, de toute une génération racontée avec beaucoup de tendresse et d’humanité. Et si vous voulez quand même le lire comme une romance, ça reste la meilleure histoire d’amitié qui se transforme en amour de tout ce que j’ai vu/lu sur le sujet.

Quelques mots à propos de la fin : je ne spoile rien mais je voudrais juste dire que c’était comme si je l’avais toujours su depuis le début, comme si ça ne pouvait que se terminer comme ça. Beaucoup on été déçus, agacés, mais pour moi c’était parfait. En reposant le livre j’ai eu un grand moment d’émotion (et peu de fictions peuvent provoquer chez moi cette réaction), le besoin de me poser et de réfléchir à la question principale que pose le livre : où est-ce que je serais à la même date l’année prochaine ? Et l’année suivante ? Et dans dix ans ? Avec qui, et est-ce que je serais devenue quelqu’un que je peux admirer ? Que faire de ces années, de mes vingts ans à mes quarante ans, ce qui est supposée être à l’âge d’or de mon existence avant de tourner la page de ma jeunesse ? Je crois que j’aime beaucoup le parti pris d’ Emma :

« Change life through art maybe. Write Beautifully. Cherish your friends, stay true to your principles, live passionately and fully and well. Experience new things. Love and  be loved if at all possible. Eat sensibely. Stuff like that. »

Oui, quelque chose comme ça… 

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2 réflexions sur “One Day – David Nicholls

  1. C’est drôle, j’avais vu l’affiche du film dans le métro et je me rappelle m’être dit : « tiens, encore un film à l’eau de rose visant le public adolescent féminin ». Lorsque j’ai vu le livre dans une librairie (je n’avais pas fait la connexion entre les deux), je me suis dit : « ça doit être de la littérature comme Le Diable s’habille en Prada », la couverture et la phrase d’accroche m’ayant parues particulièrement clichées (« twenty years, two people »). Ça m’a fait rire lorsque tu as mis en gras « Ce n’est pas de la Chick Lit », parce que je me suis dit : comment elle a lu dans mon esprit? Haha.
    En effet, je suis très snob dès qu’on en vient à la littérature. Du coup, j’ai été étonnée de lire ton si bon avis sur ce bouquin ; si bien qu’il va falloir que je le lise pour pouvoir me faire mon opinion dessus (ben, de toute façon, il y a deux choix possibles : soit cela confirme mes énormes préjugés de fille snob, soit je me rends compte avec humilité que j’ai jugé trop vite et mal). =)
    Et lorsque je l’avais feuilleté, il me semble que l’anglais n’est pas trop difficile, donc je vais essayé de le retrouver en anglais.

    Et l’été arrive, c’est parfait comme lecture estivale non?

    • C’est le bouquin idéal pour les vacances et comme tout se passe un 15 juillet, il fait tout le temps (ou presque) beau ! En effet le niveau d’Anglais est très accessible et je n’ai pas eu de problèmes d’incompréhension ou quoi que ce soit. Comme c’est très emprunt de pop culture britannique j’ai eu du mal à comprendre toutes les références, mais rien de dérangeant.

      A propos du film il paraît que lui aussi est assez dur et cru et j’ai même lu qu’il devrait être R-Rated en raison des nombreuses scènes de sexe/nudité (?) mais comme j’ai lu ça sur un blog Américain et qu’ils n’ont pas les mêmes règles que les nôtres quand un film est adressé au grand public ça m’étonnerait qu’il y ait quoi que ce soit de choquant (et de toute façon le livre lui-même n’entre pas dans les détails donc je ne pense pas que ça excède quoi que ce soit).

      En fait ce n’est pas de la Chick Lit d’abord parce que c’est écrit par un homme et du point de vue d’un homme. Je ne dis pas qu’un homme ne peux pas écrire de la chick lit (quoi que, ça se discute) mais ça se ressent par exemple dans la façon dont il nous parle des personnages : j’ai eu le sentiment qu’il comprend et décrit bien mieux les faiblesses de Dexter que celles d’Emma qui reste un peu idéalisée malgré ses défauts. Après j’ai lu des auteurs masculins qui entrent dans la psychée de leurs héroïnes de manière très juste, mais ce n’est pas son objectif (et pour moi la Chick Lit ça s’intéresse plus à la psychée féminine que masculine). Le second point c’est qu’en fait l’histoire d’amour est presque secondaire par rapport au reste, et c’est plus l’histoire de deux jeunes de cette génération des Baby-Busts ou « X », ceux qui ont été ados quand Thatcher était au gouvernement. Et enfin au niveau du style c’est trop spécifique à cet auteur pour être de la littérature « de genre ».

      Donc en gros lis-le, c’est bien =D

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